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Pour une transition démocratique qui nous évite le retour à la case de départ

Pour une transition démocratique qui nous évite le retour à la case de départ

Maghreb Hebdo, février 2006

L’ancien Pouvoir avait promis  de conduire une dynamique du changement. Nous lui avons alors dressé, le 25 avril 2005, une plate-forme comportant douze propositions que nous avons mises à la disposition des différents acteurs politiques pour servir de base à la réflexion.

Trois mois après, le 3 Août de la même année, vous avez pris en charge le pouvoir dans l’optique de conduire concrètement le changement que nous avons. C’est pour cette raison que nous avons soumis à votre appréciation 12 propositions pratiques, dès que vous avez engagé les chantiers préparatoires de ce changement.

C’est dans la même optique que nous vous transmettons, aujourd’hui, ces nouvelles  propositions qui se veulent une contribution à l’approche de participation et de concertation que vous avez engagée, et ce pour deux raisons :

  • L’intérêt que vous portez à la corrélation entre la réflexion et l’action, et le fait que nous ne sommes, à ce stade, concernés que par la première ;
  • Notre conviction profonde quant au caractère irréversible du changement et à notre désir sincère de le voir s’opérer conformément aux transformations souhaitées par le pays.

En préambule aux propositions concrètes que nous avons formulées, dans cet esprit, voici certaines remarques relatives à la situation du pays :

1 – Nous nous trouvons en face d’une situation « atypique » : ceux qui exercent le pouvoir, en l’occurrence le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie (C.M.J.D), sont mus par la volonté de mettre en œuvre la démocratie. Ils ont affirmé, de façon explicite, ne pas désirer rester au pouvoir. Le paradoxe est, justement, qu’une telle attitude n’était pas attendue de la part de « militaires » qui, de par leur formation et leur vocation, ne devraient pas interférer dans l’exercice du pouvoir[1] démocratique et qui, lorsqu’ils accèdent ne sont généralement, guère prompts à le délaisser avec empressement. Il s’agit, donc, là, incontestablement, d’un précédent dans le comportement des militaires.

2 – Le second paradoxe de notre situation se trouve être la reconnaissance par les partis politiques de leur incapacité à susciter un changement à travers les méthodes démocratiques. Cela explique sans doute l’accueil favorable que ces partis ont réservé à l’avènement du Conseil Militaire qui a effectivement initié un changement concret, une inversion des rôles tout à fait inattendue au point que le changement procède d’acteurs qui n’en sont nullement pas la source traditionnelle[2].

La première raison de l’incapacité  de ces partis politiques à s’arroger la mission de changement qui a finalement échu au CMJD, réside justement dans le fait qu’ils n’avaient pas de vision d’ensemble, étant focalisés sur l’unique objectif de la participation au pouvoir, alors qu’il leur incombait de lutter pour ce changement et d’être en contact avec le peuple pour le mobiliser dans le but de disposer de la force et de la légitimité requises pour arracher leur victoire plutôt que de baisser les bras et de céder  à la résignation et à la démission.

La seconde raison de leur échec tient dans la concentration, aux mains de l’Etat, des moyens financiers, de l’autorité, des opportunités d’emploi et des marchés et ce, après la sécheresse que le pays a traversée au cours des deux dernières décennies. La destruction des circuits de  l’économie traditionnelle, consécutive à cette sécheresse, a rendu la population fortement dépendante vis-à-vis de l’Etat, notamment à travers les distributions de vivres et autres faveurs. Il en a, alors, découlé que toute personne ou tout groupe de personnes qui accède au pouvoir devient un pôle d’intérêts majeurs vers lequel confluent tous les mauritaniens, par instinct de conservation, parce qu’il détient et décide, précisément, de tous leurs facteurs et moyens de survie.

Ce « privilège exclusif » conduit, par conséquent, le détenteur du pouvoir à s’accrocher à son statut et ne le prédispose guère à vouloir associer qui que ce soit à l’exercice de son autorité. Il ne peut, donc, concevoir aucune forme d’alternance ou de changement significatif ni, à fortiori, de quitter, de lui-même, son piédestal.

Pour gagner en concision, nous ne nous étalerons pas, outre mesure, sur  cette situation longuement vécue  par le peuple mauritanien et, partant, suffisamment connue de tous.  Le plus important, pour nous, reste le changement actuel.

Il convient, préalablement, d’admettre que la classe politique, en Mauritanie, est encore faible, y compris le PRDS qui donnait l’apparence d’être une puissante formation et qui vient de faire apparaître au grand jour toutes ses insuffisances et toute sa fragilité.

Aujourd’hui, il n’est pas concevable que ces formations acquièrent, par miracle, une force dont ils n’ont pas disposé jusqu’ici. Par contre, l’élite militaire semble avoir pris conscience du fait que la démocratie véritable est l’unique solution viable pour le pays, tout comme elle a eu le courage de contribuer à l’initiation de sa mise en œuvre, sans vouloir pour autant s’éterniser au pouvoir.

La présente réflexion s’adresse, en premier lieu, aux membres du CMJD, en leur qualité d’artisans du changement, et ensuite, aux autres acteurs politiques.

Notre troisième remarque est la suivante :

Du moment que tous reconnaissent au CMJD sa responsabilité historique et le bien fondé des objectifs qu’il s’est fixé, il est du devoir des militaires qui ont initié le changement, par la grande porte, de prendre toutes les dispositions pour quitter le pouvoir par des voies tout aussi honorables, après avoir conduit à son terme leur mission dont le succès exige, selon nous, les conditions suivantes :

  1. La réalisation des objectifs annoncés : mise en place d’institutions démocratiques, organisation d’élections libres, reformes constitutionnelles…
  2. Le pouvoir issu des élections devra s’exercer avec toutes les garanties de stabilité[3] et de non retour à la situation qui a précédé le changement du 3 août et qui y a conduit.
  3. Des dispositions devront être prises afin d’éviter d’éventuels facteurs d’anarchie et de confusion qui pourraient amener l’armée à intervenir de nouveau ou inciter des entités extérieures à s’ingérer dans les affaires de notre pays[4].

La quatrième remarque est la suivante :

Qu’on le veuille ou non, le changement du 3 Août restera un repère dans notre histoire. D’ores et déjà, il suscite, aujourd’hui, l’attention de la communauté internationale qui l’appréciera selon la manière dont la transition aura été conduite et à l’issue du changement en cours. Si le processus se poursuit de façon positive et enregistre des résultats concrets et convaincants, nous aurons donné au monde un bel exemple qui sera longtemps médité et nous aurons forcé l’estime et la considération de tous. Par contre, s’il venait à se révéler être un échec, nous serons fustigés et mis au ban de la société internationale[5].

Il convient, par conséquent, et dès à présent, de prendre le facteur temps en considération et de conjuguer le changement au triple temps d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Parlons d’Hier !

Il s’agit d’envisager le changement par rapport aux réalités d’hier, du passé dont nous avons hérité et qui, même s’il est dépassé, requiert, de notre part, une appréciation des séquelles.

Ces séquelles ne peuvent être occultées parce qu’elles existent au présent et pèseront sur le futur. »L’avenir sort des flancs du passé « .

Nous sommes convaincus du désir réel de conduire le changement nécessaire et soucieux du fait que le passé ne doit, en aucun cas, constituer une entrave.

Il est, cependant, des cas et des dangers qui doivent être pris en ligne de compte.

Avant le 3 Août 2005, les mauritaniens répartis entre les groupes suivants:

  • Ceux qui ont fourni des efforts, tantôt avec succès, tantôt en vain, et fait preuve d’une volonté sincère d’améliorer la situation dans un système, par essence, peu enclin au changement. Ceux-là ont eu le mérite d’avoir entrepris des actions ou pris des initiatives ;
  • Ceux qui sont intègres et qui, pour cette raison, précisément, ont été exclus du système mais qui n’ont pas eu le courage suffisant pour entreprendre des actions, ni de l’intérieur, ni de l’extérieur. Une partie de ceux-ci est restée en Mauritanie, d’autres ont choisi d’émigrer. Ensemble, ils forment le groupe neutre et n’ont d’actions ni à leur actif, ni à leur passif ;
  • Ceux qui ont fait tantôt mal, tantôt bien ;
  • Ceux, enfin, qui ont initié, entretenu et encouragé des actes de gabegie et de forfaiture de toutes sortes, qu’il s’agisse de fonctionnaires ou de personnalités morales individuelles, qui ont rendu l’Etat exsangue, qui ne savent prospérer et s’épanouir que dans un système qu’ils auront corrompu, de ceux qui ont érigé des empires financiers sur le dos de la communauté au point que leurs intérêts ont largement primé ceux de l’Etat, d’un Etat qu’ils ont sans cesse écrasé de toutes leurs forces et de tout leur pouvoir ;

Un adage maure dit bien « laissez-le choisir son ami !».

Il est clair, à notre avis, que ceux sur qui il peut être compté, dans la présente étape sont, prioritairement, ceux-là mêmes qui ont combattu la gabegie, avec les succès et les échecs qui ont été les leurs et, accessoirement, ceux qui n’ont rien entrepris ni de bon ni de mauvais. Les autres, sauf repentir sincère et explicite, ne pourraient être mis à contribution. A titre d’exemple, si un poste de directeur d’établissement public ou parapublic est à pourvoir, il convient de regarder si le profil proposé ne correspond pas à celui d’un cadre compétent qui a été démis, ou relevé de ses fonctions, pour avoir refusé de tremper dans la mauvaise gestion et dans le détournement des deniers publics. Le cas échéant, ce cadre aura, alors, déjà, donné la preuve de son intégrité et de sa droiture.

A contrario, ceux (fonctionnaires ou autres) qui ont érigé des empires financiers et bancaires sur le dos de la collectivité et qui ont contribué à la déliquescence de l’Etat, doivent être exclus pour qu’ils servent, au moins, d’exemple.

Parlons du Présent et des dangers pour demain !

Pour ce qui est du présent, le plus important est, sans doute, de renforcer l’esprit d’ouverture, de consensus et de tolérance, sans toutefois perdre de vue les obstacles et dangers éventuels, qu’il convient de prévoir et de prévenir.

Dans votre stratégie, vous avez défini ce que vous voulez faire mais vous avez, apparemment, omis de penser à ce qu’il faut éviter.

Il s’agit, ici, d’interroger l’avenir pour savoir comment transposer les idées « philosophiques  » des journées de concertation dans les institutions, dans la réalité du terrain.

En effet, nous gagnerions à voir au-delà du présent, à connaître l’état d’esprit du public, à rendre compte des nécessités sociales et politiques et à prendre en compte notre histoire récente.

Il est certain que les objectifs que vous vous êtes fixés visent la création d’institutions constitutionnelles démocratiques, l’organisation d’élections libres et transparentes ainsi que l’instauration de la justice et de la bonne gouvernance. Le conseil a déjà pris des mesures dans ce sens, notamment, la limitation du mandat présidentiel et les principes de l’alternance, de la concertation et de la recherche de consensus.

Il reste, comme nous le verrons plus loin, qu’à elles seules, ces dispositions ne suffisent pas[6].

Il convient donc de rectifier le tir !![7]

Il faut, dès à présent, considérer avec clarté et une à une, les différentes étapes du changement, la manière de les conduire, les moyens et les buts à mettre en œuvre en vue de leur aboutissement. Rien ne doit, en effet, être laissé au hasard ni à l’improvisation. Il faut prévoir les obstacles éventuels et les solutions pertinentes pour les relever. Il est évident que la majorité, écrasante, pour ne pas dire, la quasi-totalité des mauritaniens, aspire au changement. Il reste, toutefois, à les convaincre, dans leur ensemble, du type de changement préconisé et des modalités de sa conduite, de façon à préserver le consensus national autour des actions majeures les plus déterminantes pour l’avenir du pays.

Le second danger qui pourrait menacer cette phase de changement se trouve être, justement, le poids du passé et son incidence sur le présent et l’avenir. C’est la raison pour laquelle il importe de maintenir l’équilibre, d’éviter l’exclusion et surtout de veiller à l’égalité et à l’équité entre les différents acteurs politiques.

De même, les instruments politiques actuels, en particulier, les partis politiques sont loin d’être des institutions structurées et fortes. Leur fragilité et leur anémie sont porteuses d’instabilité.

Ces partis constituent néanmoins le socle et le relais de la démocratie en construction. La situation du PRDS, la plus forte formation en apparence, s’est révélée vacillante. Cette mosaïque s’est, subitement, lézardée et ses fondements se sont montrés aléatoires.

L’autre danger potentiel est celui qui découle d’une situation de rejet et de dénonciation des résultats électoraux, en particulier, dans le cas de l’élection présidentielle. Et si les majorités issues des élections ne concordaient pas ? …et si… et si…[8]

Le cas échéant, les élections seront-elles recommencées ? Leurs résultats seront-ils imposés ? Le Conseil Militaire conservera-t-il le pouvoir et prorogera-t-il, en conséquence, la période de transition ? Les militaires vont-ils se retirer et laisser la scène livrée au chaos des conflits politiques entre ceux qui s’accrochent aux résultats et ceux qui les réfutent???

Autant de questions qui doivent, dès à présent, susciter la réflexion et trouver des éléments de réponse parce que ces éventualités fâcheuses ne peuvent pas être exclues, et ce pour plusieurs raisons dont les principales sont :

  • L’absence de culture, de traditions, de comportements et de vertus démocratiques qui conduisent les différents partis, dans les démocraties véritables, à accepter les résultats électoraux, quelle qu’en soit l’issue.
  • Le poids et l’audience des partis ne sont pas connus contrairement à ceux des formations politiques de certains pays étrangers où la cadence des échéances électorales et les sondages réguliers donnent une idée du poids et de l’impact, de chaque parti politique.

En dépit de la perspective de l’organisation d’élections transparentes, il est évident que leurs résultats, quels qu’ils soient, ne rencontreront pas l’agrément de tel ou tel parti politique qui se trouverait défavorisé à l’issue du scrutin. Il est, donc, prévisible que certains des partis défavorisés par les résultats en viendront à les réfuter, à les contester…

Après les embrassades lyriques des journées d’Août 2005 et des journées Nouakchottoises de concertation, viendront, alors, les affrontements des phases électorales caractérisés par l’imprudence du verbe, l’aventurisme de l’action et les contestations post électorales…[9]

On risque, dès alors, d’aboutir à la « démocratie », mais à une démocratie sans la gloire. Car la liberté dans l’ordre et l’acceptation de l’autre est un principe essentiel de la démocratie.

Il s’agit, là, d’une question qui repose, fondamentalement, sur la confiance. Une confiance qui doit s’établir entre les différents partenaires, et qui doit être entretenue à travers l’ancrage de la culture et de l’esprit démocratiques. Cette confiance conduit, seule,  à l’acceptation aussi bien de l’échec que de la victoire.

La question des élections repose, en grande partie, sur l’autorité, la manière avec laquelle elle diligente les opérations, les moyens mis en œuvre à cet effet, en particulier, les ressources humaines nécessaires. Notre pays accuse, naturellement, un déficit en terme de personnels d’encadrement et de gestion compétents et, surtout, de politiques professionnels intègres qui soient exclusivement mus par des considérations patriotiques. La responsabilité politique et administrative, aux yeux de beaucoup d’entre nous, constitue une opportunité, un gâteau à partager, et, parfois et souvent, à ne pas partager.

Chacun (parti, individu…) tire la couverture de la responsabilité à soi, cherche à en exclure les autres.

Si la responsabilité avait été perçue par chacun comme une charge, avec son cortège d’obligations, son poids, son lot de contraintes, on aurait été plus prompt, en Mauritanie à la partager avec autrui. Les notions de responsabilité et de charge publique ou politique devront être réhabilitées, pendant les phases de transition, dans leur acception originelle.

Par ailleurs, les nouvelles formations politiques et les adhérents récents à un parti ont, généralement, une tendance marquée pour l’infantilisme et les comportements immatures. Cette tendance constitue, chez-eux, une prédisposition naturelle à la contestation des résultats électoraux et à la subversion, toutes attitudes qui peuvent alimenter l’anarchie et l’instabilité.

Au cours de la période précédente, la réalité du pouvoir monolithique et l’omniprésence imposée du parti unique, de fait, ne laissaient, guère, de doute sur l’issue tronquée des élections, de telle sorte que l’on se souciait fort peu de résultats qui étaient déterminés et connus d’avance.

Mais, aujourd’hui, la situation est différente, parce que l’espoir de transparence a été donné et que la concurrence entre les partis est réelle; chacun croit, désormais, avec force, en ses chances.

Il est, donc, vital que soit préservée la crédibilité des futures opérations électorales et de ceux auxquels sera transféré le pouvoir. Peut-on y arriver ? Je pense que la question mérite, au moins, d’être posée et les solutions d’être recherchées !

Après ces éléments de réflexion sur la situation, les éventualités et les risques de la phase de transition, nous souhaitons, à présent, aborder la période qui suivra le premier mandat, parce que le processus de transition ne sera, véritablement, acquis et sûr que lorsqu’il aura atteint cette échéance[10].

A cette échéance, nous serons, logiquement, en présence de la même problématique actuelle, des mêmes risques et des mêmes contraintes auxquels il faudra ajouter une nouvelle donne : l’élection du futur Président de la République, au terme de la transition, amènera un homme au pouvoir et avec lui un parti qu’il le préside ou ne préside pas, qui l’a soutenu ou dont il est issu!… Dans ce cas, quelles sont les garanties pour que l’affluence massive et opportuniste vers ce président et vers ce parti ne renouvelle le modèle que nous venons de quitter et dont les tares ont conduit à la situation que nous connaissons ?[11]

De plus, nous savons que le président, le parlement et le gouvernement au terme du premier mandat, auront à organiser les élections, alors même, qu’ils sont détenteurs du pouvoir, de l’autorité, de la gestion des deniers publics, des prérogatives de nomination des fonctionnaires et, enfin, de tous les moyens d’incitation, de pression et de coercition… Ils jouiront, par conséquent, de mécanismes et de relais qui leur permettent d’assurer une forte inféodation sur les populations…Ce sera la « candidature officielle « avec ses pressions administratives et financières… Un risque, donc, potentiel de corruption du système et de retour en force des anciennes pratiques. Dans ce cas de figure, l’Armée aura-t-elle à intervenir de nouveau pour corriger le tir, instaurer une nouvelle phase de transition ou sera-t-elle condamnée au silence et à l’immobilisme face à un pouvoir détenu par un président despote et un parti unique [12]?

En dépit des décisions prises dans le sens d’un maximum de garanties pour la conduite sereine du processus démocratique, force est de constater que cela n’est pas suffisant parce que la démocratie ne se décrète pas. Elle se construit[13].

Pour un débat national continu autour des questions nationales pendant la phase de transition

La période de transition devra être l’occasion d’assurer une codification harmonieuse de l’ensemble du processus à travers l’élaboration de nouvelles dispositions institutionnelles complémentaires. Elle doit être, également, une étape préparatoire et expérimentale pour l’instauration d’une culture politique, civique et citoyenne. Elle doit être surtout l’occasion d’une révolution culturelle pacifique qui doit marquer les esprits et provoquer une rupture avec les pratiques et mentalités qui dominaient jusqu’ici la scène politique et le terrain électoral. Cela est possible à travers, entre autres dispositions, l’initiation d’un dialogue national permanent, tant à Nouakchott que dans les wilayas de l’intérieur du pays[14]. Ce dialogue qui doit être initié et encadré par le CMJD sera le cadre adéquat pour une dynamique de débats ouverts sur des thèmes politiques, économiques, culturels et civilisationnels. Parallèlement à ce débat, des « cercles d’experts » pourront être constitués pour traiter des questions qui relèvent d’une spécialisation pointue. Cette approche favorisera une mise à contribution d’un maximum de personnes, de compétences et d’idées, tout comme elle permettra aux mauritaniens de renouer avec la synergie des échanges avec laquelle ils ont rompu depuis bien longtemps

De la sorte, les acteurs politiques seront mis dans les conditions d’acquisition d’une base de culture politique, d’un esprit de tolérance et d’acceptation de la différence, toutes vertus qui contribueront à démythifier les clivages et les confrontations stériles.

Ainsi, nous parviendrons à capitaliser, au mieux, l’opportunité exceptionnelle que nous offre la phase de transition.

Les choix politiques, les visions des partis, les opinions des cadres et des citoyens devront alimenter un débat serein et fructueux autour des thèmes principaux et apporter des réponses aux questions suivantes :

  • Comment éviter les écueils et dangers soulevés plus haut ?
  • Comment saurons-nous éviter de fâcheuses situations telles que celles qui se sont produites en 1989, 1991?…
  • Comment résoudre la quadrature du cercle que représentent la faiblesse des partis politiques, et la quête de la démocratie véritable, du développement économique et de la stabilité sociale dans le pays?
  • Quel avenir pour notre système éducatif ?
  • Quelle politique étrangère pour la Mauritanie ?
  • Quelles options économiques et financières ?….

Ce débat contribuera, en outre, à éteindre ou à atténuer les haines nées en des heures d’incompréhensions dramatiques et qui restent vivaces. Il doit donc pacifier les esprits pour que les futurs gouvernants puissent diriger, efficacement, le pays[15].

Ces débats feront, en outre, apparaître les talents et, sur la scène nationale, consacreront leur primauté sur la médiocrité et les richesses mal acquises.

De ces débats naîtra, enfin, et se forgera une opinion publique, expression collective de la société, qui pèsera sur l’Etat, le gouvernement, le législateur, autant pour les contrôler que pour inspirer leur action.

Un pays, sans opinion publique, ne peut pratiquer la démocratie. En démocratie, on ne peut gouverner sans opinion publique. Chez nous, celle-ci reste à créer, la transition doit y contribuer. Le CMJD et sa transition doivent s’efforcer de laisser derrière eux une opinion publique libre et disciplinée.

Ce débat nous permettra de discerner, dans les idées courantes, celles qui sont justes et autour desquelles se fait l’unanimité, celles qui sont pratiques afin de s’en emparer (les inscrire dans les programmes, les discipliner en vue de les insérer dans le programme commun) et de régler leur marche, dans les phases de démocratisation, par la cohabitation et, plus tard, par l’alternance.

Ce débat formera les partis, les individus et la collectivité toute entière, et préparera le pays à mieux affronter l’avenir.

Les débats organisés pendant les journées de concertations tenues à Nouakchott se sont révélés concluants. Ces journées ont été l’occasion de débattre des thèmes proposés par le sommet sur des questions de politique et de théorie. Le dialogue national permanent que nous proposons sera, lui, alimenté par des thèmes fournis, d’abord, par la base, et représentera un feed-back, pour l’élite et pour les centres de décision.

Comme nous l’avons souligné, à l’occasion de la dernière journée de concertation de Nouakchott, la concertation et les débats ne doivent pas être limités à une certaine élite civile ou militaire plus ou moins restreinte et résidant, exclusivement, à Nouakchott.

Ce sont les populations et les cadres des « petits endroits » (régions-villages) dont l’éducation politique est peut-être incomplète, mais dont l’instinct est sûr et le cœur chaud, qui constituent véritablement les cadres du suffrage universel.

Les journées de concertation les ont regardées du haut de leur ‘’philosophie’’ et de leur éloquence médiatisée. Au lieu de les dédaigner, il faut entrer en contact avec eux, échanger les vues et les pensées avec eux. Il faut les éclairer et se mêler à elles en créant, pendant la transition, une école du suffrage universel dans laquelle se fera, avec eux et pour eux, l’apprentissage de la démocratie et de la politique.

Pour que les bonnes mœurs électorales et démocratiques dont nous apercevons l’aurore s’établissent, pour que les réformes démocratiques se prolongent, quelle est la première condition ? C’est qu’une participation agissante soit assurée aux cadres et au peuple en vue de leur restituer leur dignité et, parce que la transition et la démocratie sont un contrat qui règle les positions respectives, il faut, au moins, que ce contrat puisse être compris des deux parties.

Débat National à propos de la mise en œuvre du processus de Transition

Par ailleurs, les journées de concertation ont porté, principalement, sur des axes, des principes et des choix, mais pas sur les moyens d’activation de ces derniers. La mise en œuvre et le suivi pratique n’ont pas retenu l’attention, outre mesure. Il est vrai que les cadres mauritaniens ont tendance à s’enfermer dans leur carcan théorique et sont moins enclins à la traduction active des principes dont ils se réclament.

Or, il y a lieu d’arbitrer, à chaque fois, entre  » l’avant-garde  » qui entraîne jusqu’à la fuite en avant et les « conservatismes » qui freinent à outrance, et réfléchissent pour savoir comment avancer, sans briser, et maintenir, sans scléroser.

De cette construction difficile, fragile, qui sera souvent perturbée, remise en cause, mais qui doit, finalement, être réussie. Ensemble, nous devons être les architectes et les bâtisseurs.

Le travail d’architecte n’a été fait qu’en partie (nous l’avons démontré ici). Le travail de bâtisseur reste à entreprendre[16].

Pour le(s) premier(s) mandat(s), un système démocratique de cohabitation doit précéder et préparer un système d’alternance démocratique. C’est ça la véritable transition[17]

Nous ne passerons pas d’un système de pouvoir personnel et de parti unique (sauf soubresauts et crises dangereux et coûteux) à un système démocratique, parlementaire ou présidentiel, à l’Anglaise ou à la Française. C’est illusoire, de mon point de vue. Je pense que le simple bon sens (assez généralement bien partagé!) suffit pour nous édifier à cet égard.

Le progrès vers la démocratie n’est pas une suite de soubresauts ni une série de coups de force, c’est nécessairement, un développement lent, une évolution continue. C’est un phénomène paisible de croissance et de transformation sociale. Il se produit d’abord dans les idées ; c’est pour cette raison que nous avons proposé un long et intense débat national. Il descend dans les mœurs pour passer, ensuite, dans les lois ; c’est ce que nous espérons dans les phases ultérieures.

La recherche de la facilité, la propension marquée au « copier-coller » et le refus involontaire de réfléchir ont conduit les mauritaniens à ne pas faire les efforts nécessaires pour « inventer » et concevoir une démocratie mauritanienne, compatible avec nos spécificités.

Cette entreprise devra être menée dans le cadre du débat national proposé plus haut. Pour ma part et après longue réflexion, il me semble que l’idée suivante doit être débattue et explorée. Sa faisabilité a été démontrée par l’expérience des journées de concertation: Un système démocratique de cohabitation volontariste est le plus adapté pendant le premier ou les deux premiers mandats ou dans le but de préparer un système classique d’alternance démocratique[18].

La cohabitation consensuelle c’est la « Jamaa ». La démocratie à l’occidentale, c’est une partie de la « Jamaa », et ceux qui sont exclus de partie gagnante vont la l’appeler par son diminutif, la « Jmeiaa ».

Le suffrage universel, chez nous, doit régner en souverain, mais doit être, avant tout, sincère et, pour qu’il le soit, il faut que les partis figurent dans le gouvernement selon leur force numérique[19].

Je sens que cette idée que je crois assez vraie et assez forte pour lui revendiquer la place qu’elle mérite dans notre société. Au-delà de nos divergences, seule une Mauritanie réconciliée et unie, sur l’essentiel, peut aborder les problèmes de son temps, compte tenu de la faiblesse des fondements sur lesquels devra reposer le système à bâtir[20].

La démocratie, chez nous, passera par la cohabitation ou ne sera pas. Hier, nous avions sous les pieds un volcan. Aujourd’hui, nous bâtissons sur du sable mouvant[21].

Cette cohabitation politique suppose, préalablement, qu’il y ait un programme commun sur lequel s’accordent les partis et une claire volonté de leur part pour s’accorder sur une approche participative dans la vision et l’engagement, approche qui se traduira par un gouvernement d’union et de concorde nationales.

Tant qu’un acteur politique bénéficie d’un rôle au sein d’une cohabitation, il aura tendance à rester dans son parti. Par contre, le sentiment d’exclusion conduit les personnes qui l’éprouvent à se détourner de leur parti et à rejoindre celui qui se trouve du pouvoir.

Ces politiques, comme les dunes, doivent être fixées![22]

Mais, à force de travailler ensemble, de façon consciente et engagée, les partenaires de la cohabitation finiront par développer de meilleurs rapports qui les prépareront à se faire, mutuellement, confiance et à mieux accepter, par la suite, l’alternance.

La République et la Démocratie mauritanienne ne peuvent pas se limiter à la richesse et au pouvoir étalés d’une minorité qui concentre tout entre ses mains ni même celle d’une majorité. Majorité et minorité ne sauraient consacrer le gouvernement des uns contre les autres. L’appropriation privée de la chose publique qui, par essence, doit rester ouverte à tous. Cela ne veut en aucun cas dire qu’il ne faut pas se donner les moyens de gouverner. Pour y parvenir sans altérer la démocratie, il faudra un gouvernement qui soit ouvert à toutes les forces politiques significatives, à toutes les formations conséquentes.

Le Conseil Militaire pour La Justice et la Démocratie qui a, aujourd’hui, une responsabilité historique ne doit, d’aucune manière, ignorer ces nécessités et sacrifier l’intérêt général sur l’autel de la neutralité, car cette dernière ne signifie pas indifférence. La neutralité implique un certain nombre de conditions nécessaires à l’avènement d’un système viable et pérenne, système dont l’avènement est tributaire de l’instauration d’un dialogue national permanent et d’une culture politique bien enracinée.

La préparation d’une ère de cohabitation nécessite, à notre avis que, dans une première étape, le CMJD demande à chaque parti de fournir un programme politique. Après quoi, il pourra être procédé, dans un travail de synthèse, à l’élaboration d’un programme commun ou d’un projet de société qui recoupe les principales préoccupations des différentes formations concernées[23].

Ce programme ne sera pas, comme on le constate souvent, la prise en compte de tout ce qui peut passer par la tête d’un mauritanien, de toutes les choses souhaitables ou non et que l’on a pris l’habitude de promettre toutes, sans exception et sans état d’âme.

Seules les questions centrales, une fois déterminées, avec soin, devront être retenues.

Ce programme doit briller, comme un phare, et non pas apparaître comme le crépuscule dans lequel toutes les opinions peuvent se confondre simultanément ou tour à tour, que nous avons la triste habitude d’observer. Dans le cadre de ce programme commun, les uns et les autres feront preuve des mêmes volontés, des mêmes aspirations, du même attachement à la réalisation des réformes, à condition que celles-ci soient pertinentes et réalisables. Les uns et les autres devront avoir la même aversion pour les revendications violentes, les utopies radicales ou insensées et les formules creuses par lesquelles certains politiciens voilent leur impuissance.

Dans cette phase de cohabitation démocratique, on entreprendra des réformes démocratiques pour permettre le plein exercice de la démocratie. Vouloir, en Mauritanie, la démocratie entière et immédiate, c’est tuer la démocratie dans le berceau![24]

La méthode politique la plus clairvoyante et la plus sage consistera, dans la phase présente, à ne pas aborder toutes les questions à la fois, à limiter le champ des réformes pour le parcourir, avec soin et sûrement, en choisissant les réformes les plus urgentes, celles qui ne peuvent attendre. Nous avons beaucoup à faire et nous ne pouvons pas tout faire, en une fois et en solitaire.

Les programmes spécifiques des partis et ce « programme synthétique» ou programme commun[25], pourront être soumis à un plébiscite populaire de mode référendaire. Ainsi apparaîtront, dans une certaine mesure, l’audience et le poids de chacun des partis et le choix des populations aussi bien par rapport aux programmes spécifiques qu’au programme synthèse ou programme commun. Cette opération favorisera un réel débat politique et participera, certainement, au relèvement du niveau de prise de conscience politique des citoyens ainsi que de la promotion de la culture démocratique.

Les choix électoraux ne se feront plus, ici, en fonction des personnes ou de leurs appartenances sectaires mais bien plutôt sur la base des programmes électoraux et des solutions[26] proposées par les partis. De même, les partis politiques seront dans l’obligation de conduire des réflexions et de concevoir de véritables projets de société.

Par ailleurs, cette option référendaire pourra déterminer la crédibilité et l’audience du programme commun et, le cas échéant, les partis politiques pourront s’accorder de façon consensuelle sur ce programme qui émane des leurs propres et qui, de surcroît,  a reçu le plébiscite populaire.

Dans ce cas, le Président de la République aura en charge la conduite de ce programme et bénéficiera de la confiance et de l’appui de la coalition des partis, pour une cohabitation à laquelle chaque formation participe en fonction de son poids électoral, lors des élections parlementaires.

Nous pensons qu’une telle approche sied mieux au contexte mauritanien actuel. Elle nous mettra à l’abri des incertitudes de la situation précédente et nous évitera de mimer les modèles français, anglais ou autres, qui ne s’appliquent pas, nécessairement, à notre environnement politique. Nous devons, à chaque fois que cela est possible, nous inspirer de notre patrimoine, de notre civilisation et de nos spécificités et éviter à tout prix le «formatage» et le mimétisme improductif et inadapté.

Loin de remettre en cause les choix démocratiques du CMJD ou ceux  de la classe politique, je crois à la démocratie, à ses fondements et à son esprit, sans être dogmatique ou fanatique, s’agissant des formes de son application pratique.

C’est un système noble, généreux et tout à fait favorable à la liberté.

Mais, la démocratie que nous suggérons (démocratie par la cohabitation avant l’alternance) doit être, aussi, un combat quotidien qui nous dispensera des batailles de rues, des affrontements régionaux et ethniques et des coups d’Etat militaires. Cette démocratie doit être étudiée et progressive, plus lente peut-être et, par conséquent, plus sérieuse, plus approfondie et plus enracinée. C’est un exercice de pédagogie (je suis enseignant) institutionnelle auquel nous devons nous astreindre (transition, débat démocratique, cohabitation, alternance démocratique).

Cette approche référendaire présente également l’avantage de donner la dimension et le poids réel de chaque parti politique, et de permettre, par la même occasion, de déterminer les partis fictifs qui n’ont aucune existence réelle et qui ont tendance à proliférer. Ces derniers qui sont plus nuisibles à la démocratie qu’ils ne lui sont utiles, devront tirer les conclusions de leur inexistence, sur le terrain, et se dissoudre.

La cohabitation décrite plus haut sied mieux à une Mauritanie anémiée qui vient de loin.

Notre pays ne peut être livré aux incertitudes et aux divisions (division en régions, ethnies, lobbies… ne riment pas avec démocratie). Dans un tel cas, nous verrons, dans la meilleure des hypothèses, la masse de la nation qui, troublée, s’écartera et se désintéressera de la chose publique.

L’effet de la cohabitation, qu’il faut savoir attendre, sera l’émergence d’un terrain solide à l’abri des crises incessantes qui paralysent l’action des pouvoirs publics récemment entrés en exercice, affaiblissent l’autorité déjà fragile de l’Etat et engendrent des gouvernements sans esprit de suite et sans crédit[27].

C’est sur ce terrain de la cohabitation démocratique, sur ces fondations solides que l’on pourra bâtir le système d’alternance démocratique à venir.

Conseil pour le suivi, l’appui et le contrôle du système démocratique mis en place (cohabitation démocratique puis alternance démocratique)[28]

Enfin, nous estimons que la réalisation des objectifs de justice, de démocratie et de bonne gouvernance qui a motivé le changement du 3 Août devra être assortie de garanties supplémentaires pour que le pays ne puisse, à nouveau, basculer dans le cycle des coups d’Etat[29].

Ces derniers ne peuvent être évités que si on assure, dans la durée, la pérennité des réformes entreprises, ce qui les rendra inutiles et impossibles.

A cet effet, un Conseil permanent de suivi et d’appui au processus démocratique mauritanien devra être constitué. Ce conseil pourrait être composé, pour l’essentiel, des membres actuels du CMJD, des chefs d’Etat-Majors des Forces Armées et de Sécurité, en exercice, des responsables des partis politiques et des représentants de la société civile[30]. Ce conseil sera un cadre de concertation permanente entre, d’une part, l’institution militaire et, d’autre part, les politiques mauritaniens et les partenaires extérieurs et autres bailleurs de fonds de la Mauritanie.

La démocratie enracinée, durcie et immunisée, ce Conseil pourra, alors, disparaître.

D’aucuns prétendront, probablement, que ce modèle n’existe nulle part, ailleurs. Au contraire, ce système existe bien dans d’autres pays à la nuance-près de la prise en compte, ici, de la spécificité mauritanienne. Bien des pays qui ont connu des conflits politiques inextricables, y ont, finalement, recouru.

Dans le cas présent, cette proposition a été présentée dans le but d’éviter, justement, à notre pays de sombrer dans les travers d’une situation conflictuelle et afin de prévenir tout risque de déviation, d’instabilité et d’anarchie.[31]

Ainsi le coup d’Etat du 3 Août, s’il réussissait à mettre sur les rails une démocratie encore dans le berceau et à laisser, après le retrait de ses promoteurs, les moyens de sa pérennité et de la protection de cette démocratie aura réalisé une belle entreprise. Seul Allah et l’Histoire sauront et pourront alors le récompenser! Et de quelle récompense!!![32]

Eviter » le mal de l’infaillibilité « des hommes au pouvoir

Permettez-moi, enfin, de vous suggérer de prendre garde et de faire attention pour ne pas être grisé par les soutiens politiques éphémères et les succès plus ‘’émotionnels » que réels des journées de concertation, afin de ne pas céder à un phénomène, hélas, fréquent chez les hommes du pouvoir, phénomène qui, précisément, les empêche d’entendre les conseils dispensés autour d’eux et qu’on pourrait appeler ‘’le mal de l’infaillibilité’’. Un tel phénomène est, toujours, prélude de la catastrophe[33].

[1] Pronostic implicite vérifié. C’était notre manière ou à la manière des Oulad Deimane de dire  aux membres du CMJD, 5 mois après leur coup d’Etat, que nous ne sommes pas naïfs et que nous pouvons leur prêter des arrière-pensées qui se vérifièrent 2 ans plus tard.

[2] Idem.

[3] Recommandation non suivie et crainte vérifiée 2 ans plus tard.

[4] Les deux pronostics sous forme d’appréhensions suivies de recommandations se sont concrétisés ; le premier, en 2008 : coup d’Etat HCE et le second, 3 ans après, en 2009 (dialogue Dakar – Wade – Communauté Internationale).

[5] Le changement du 3 août restera un repère: voir : LA TRANSITION POLITIQUE EN MAURITANIE: BILAN ET PERSPECTIVES – Rapport Moyen-Orient/Afrique du Nord N°53 – 24 avril 2006, International Crisis group.

[6] Avertissement qui s’est révélé pertinent ; il a été dit pour l’Histoire. L’histoire l’aura confirmé, 2 ans après. C’était aussi une manière semi-deimaniya de dire que je ne suis pas naïf et que les facultés intellectuelles servent à quelque chose.

[7] Anticipation : Le choix de l’expression s’adressant aux militaires n’était pas innocent. Nous avions préconisé de « rectifier le tir » préventivement et pendant la phase de transition. Avec un décalage de 2 ans, le slogan ‘’mouvement de rectification’’ fut brandi comme tel par le HCE. Nous avons dit ‘’notre rectification’’, 2 ans avant la leur. Toujours, dans le but de démontrer que nous ne sommes pas naïfs et, pour l’histoire, que nous avons compris.

[8] Pronostics vérifiés. Le premier « si » se vérifie à l’occasion de chaque élection présidentielle. Le second « si » s’est vérifié avec ce qu’il a été convenu d’appeler « la fronde des députés », en 2008, et « la fronde des Sénateurs, en 2017.

[9] Pronostics vérifiés . C’est le vécu de la Mauritanie, de la date d’émission de cet avertissement à ce jour, soit 10 années durant.

[10] Le pronostic s’est vérifié parce que justement le premier mandat n’a pas atteint son terme.

[11] Idem.

[12] Réalisation du sénario premier évoqué ici, 2 ans après. On retrouve ici l’anticipation de la fameuse « rectification ».

[13] On continue à la décréter et à l’afficher. La construction commencera un jour.

[14] Le dialogue préventif c’est le premier appel à un dialogue politique et sociétal préventif et curatif. Tous les dialogues qui ont suivi et dont les résultats n’ont pas toujours satisfait ceux qui n’y ont pas participé et même ceux qui y ont participé sont la preuve de la pertinence de cet appel qui aurait permis beaucoup d’économies, y compris l’économie de ces dialogues qui n’ont pas conduit au consensus.

[15] Idem

[16] Mise en garde dont la pertinence s’est  vérifiée ; là encore, c’était une manière de prendre date et de prouver à l’histoire que nous sommes moins naïfs qu’ils ne le pensent.

[17] L’histoire nous a donné raison en 2008. Nous avons mis en cause l’efficience de la transition, en 2006.

[18] Idem.

[19] Idem.

[20] Idem.

[21] Idem. L’évolution des 10 dernières années a démontré l’affirmation que nous bâtissons sur du sable mouvant sans pour autant nous être éloignés du volcan.

[22] Les dispositions légales issues du dialogue 2011 ont répondu à cette préoccupation en interdisant le nomadisme politique.

[23] Cette idée est toujours sans suite en Mauritanie. On retrouve une idée quasi-similaire, 10 ans après, sous la plume de Jacques Attali, en 2016, pour l’élection présidentielle française de 2017, sous forme de programme de président sans spécification de candidat.

[24] Pronostic qui ne cesse de se vérifier

[25] Idem.

[26] Idem.

[27] Pronostic qui n’a cessé de se vérifier depuis qu’il a été prononcé

[28] La suite des événements a permis de démontré que l’idée de ce conseil pour le suivi et le contrôle du système démocratique comme instrument pour prévenir les dégâts s’est imposée a postériori, après le coup d’Etat de 2008 (groupe du dialogue de Dakar).

[29] Pronostic vérifié 2 ans après 5 août 2008.

[30] Idem.

[31] Idem

[32] Idem

[33] Il fallait prendre date et démontrer que nous ne nous nourrissions pas d’illusions, que nous n’étions pas naïfs. L’histoire nous a donné raison.