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Appel à un dialogue entre Pouvoir et Opposition

Appel à un dialogue entre Pouvoir et Opposition

Points chauds, mercredi 28 avril 2010

Aidez-moi à comprendre ce qui se passe autour de nous ! De mon côté, j’avoue que je ne comprends plus les amateurs et les professionnels de la Politique et du pouvoir dans notre pays, la Mauritanie !

Où sommes-nous ? Où allons-nous ? Où veulent-t-ils nous mener ? Qu’est ce qu’ils ont dans tête ? Qu’est ce qu’ils ont derrière la tête ? Où sont leurs têtes ? Où sont leurs têtes par rapport à leurs épaules ?

Qu’est ce qu’on entend, ces dernières semaines, par ci ? Qu’est ce qu’on entend, ces dernières semaines, par-là ? Qu’est ce qu’on voit, ces dernières semaines, par-ci ? Qu’est ce qu’on voit, ces dernières semaines, par-là ? L’avez-vous entendu ? L’avez-vous vu ?

Pour ma part, je n’arrive pas à en croire mes oreilles et encore moins mes yeux ? Je me dis que je suis devenu, subitement, à la fois, « malentendant et malvoyant » ! Et si ce que ces organes me répercutent reflète, fidèlement, la réalité, j’ai, parfois, envie d’être réellement non voyant et non entendant !

C’est la énième fois que je publie des écrits pour avancer des propositions, des réponses à des interrogations ou prétendre apporter des solutions et, je l’ai, toujours, fait, en évitant de critiquer, d’injurier ou de blesser l’amour propre de qui que ce soit.

Aujourd’hui, je reviens vers vous, pour poser, plutôt, des questions tout en avouant que je suis blessé et meurtri dans mon for intérieur et dans les profondeurs de ma fierté mauritanienne. J’espère que je ne blesserai personne, malgré mes blessures. A quoi bon un blessé de plus ? Il y en a trop, déjà !!

J’ai, plutôt, envie de guérir sans provoquer de dégâts ou de préjudices moraux pour les autres. Si je n’y arrive pas, ce ne sera pas par volonté de nuire, mais parce que la douleur entame la lucidité et érode la maîtrise soi.

Comprenez-moi, chers compatriotes, chers lecteurs. Je veux dire : comprenez ce que je n’arrive pas à comprendre !

Je ne comprends pas le Discours de l’Opposition ni celui du Pouvoir actuels. Je ne comprends pas leurs attitudes respectives depuis les dernières élections.

Je ne comprends pas d’autres ‘’sous-acteurs’’ sur lesquels je reviendrai, ultérieurement.

Je commencerai par les acteurs essentiels et principaux sur la scène politique : le Pouvoir et l’Opposition.

Je ne comprends pas mes compatriotes qui sont au Pouvoir !

Comment un Pouvoir politique qui prétend tirer sa légitimité des urnes et qui entend gérer, démocratiquement, un pays peut-il envisager de le faire sans concertation, sans dialogue, sans contact, sans courtoisie et sans civilité avec son opposition démocratique ? Comment ce pouvoir peut-il envisager d’enfreindre impunément, en 2010, cette première règle de bonne gouvernance démocratique ? Croit –t-il que la démocratie se limite à des élections qui portent au pouvoir un homme pour qu’il tourne le dos à une partie de la classe politique et à une frange large de sa population (48%de la population du pays), une fois élu, échappant ainsi à toute contrainte et faisant ce que bon lui semble ? Pourtant, comme tous les présidents démocratiquement élus, le nôtre a déclaré, à l’occasion de son investiture, qu’il « sera le président de tous, de tous les mauritaniens. »

Ou bien ce Président s’est –t-il laissé séduire par le modèle de démocratie préconisé par certains qui continuent à confondre système démocratique et « Système de Corruption Grise », tant décrié partout dans le monde et, en particulier, par les institutions internationales auxquelles notre pays adhère : « La majorité gouverne, l’opposition s’oppose ». La majorité écrase et ignore la minorité « La Majorité ne partage pas le Pouvoir » ! ( comme si le pouvoir était un gâteau )

Le pouvoir est une charge, et plus sont nombreux ceux qui la portent, moins son poids relatif sera lourd. L’adage maure dit que « toute charge portée par un grand nombre est aussi légère qu’une plume d’oiseau ! » Ce sont des slogans, des leitmotivs honteux, qu’on entend souvent en Afrique et en Mauritanie, et qui relèvent des règles de fonctionnement des systèmes dans lesquels les hommes au pouvoir perçoivent l’Etat comme un gisement de richesses pouvant leur permettre d’accéder, immédiatement, aux conditions de vie de l’homme européen, dans nos pays sous développés. Pour ‘’ces démocrates majoritaires’’, l’Etat est à consommer tantôt, individuellement, tantôt, collectivement et, de plus en plus, individuellement que collectivement ! Ils n’attendent pas, comme cela devrait être le cas, de l’Etat qu’il dégage par le biais d’un dialogue inclusif et constructif, un intérêt général et un compromis réalisé, en toute transparence, entre les différents acteurs.

Aux yeux des adeptes du système de corruption grise, l’Etat apparaît comme un gisement de richesses sans maître, dont les plus forts ou les mieux soutenus par leur communauté, peuvent, légitimement et ‘’démocratiquement’’, s’emparer, à condition d’en effectuer une certaine redistribution au sein de leur groupe d’origine.

La démocratie est plus moderne et plus civique que ne la présente ce modèle schématique et caricatural. Ce genre de système, je le rappelle, se nomme, en dehors de nos frontières, système de « corruption grise ». Nous ignorons cela, en confondant démocratie et corruption grise.

En effet, en dehors de nos frontières, et partout dans le monde, ce système que je viens de décrire plus haut, s’appelle, et je le répète, système corrompu, de couleur grise !

Ce système organise, en fait, la dévolution des ressources matérielles et symboliques de l’Etat, à tel groupe et en tient les autres écartés, les maintenant dans une posture de contestation de la légitimité des Pouvoirs publics. Et l’on se trouve, donc, hier comme aujourd’hui, dans une persistante impasse.

Comment peut –on admettre qu’un président qui a comme premier objectif déclaré la lutte contre la corruption blanche bâtisse un système de corruption grise (voir notre article sur la définition de la gouvernance). Dans le système de corruption grise, on ne peut combattre la corruption blanche qui est, autrement, moins nocive que ce système, lui-même.

Je ne comprends pas, non plus, mes chers compatriotes de notre opposition démocratique en campagne électorale permanente, tantôt pour soutenir un candidat, tantôt pour défaire un Président élu. Pourquoi l’opposition avait-elle accepté de négocier avec le Candidat à la Présidence ou avec ses représentants successifs ? Pourquoi avait-elle signé les accords de Dakar? Pourquoi avait elle participé à un gouvernement inclusif pour superviser les élections du 18 Juillet?

Dès lors que l’opposition a participé à ce qui a été qualifié, en son temps, «d’entreprise salutaire», pourquoi la qualifier, une fois ses résultats dévoilés, de mascarade et de tricherie contestables et inacceptables. Même, si cela était fondé, ne doit-elle pas assumer son travail et ses choix? Ne doit-elle pas respecter ce travail commun parrainé par la communauté internationale et cesser de paraître comme mauvais joueur, aux yeux du monde?

A supposer que l’opposition dit vrai, ne doit-elle pas faire attention à son crédit, à sa crédibilité future et à l’image extérieure de l’Homme politique mauritanien et du mauritanien tout court?

Il va de soi que les engagements pris par des mauritaniens au nom du peuple mauritanien, devant la communauté internationale, devront être, scrupuleusement respectés, abstraction faite des considérations personnelles et de groupes. Nous sommes un grand peuple. Nos représentants doivent respecter leurs engagements politiques et moraux dans leur lettre et dans leur esprit.

Les Journaux Chaab et Horizons ainsi que les autres journaux et sites doivent publier les Accords de Dakar. La place publique, le peuple mauritanien, ont le droit de connaître leur contenu pour se forger une opinion à leur propos et avoir un avis, en toute connaissance de cause.

Aussi, un débat public pourra-t-il s’instaurer. Ainsi, nous pourrons sortir de l’impasse et cesser de tourner en rond. Nous ne faisons que du surplace depuis 5 ans, la durée d’un mandat !

Nous avons ‘’élu’’, de fait, le cercle vicieux ! Jusqu’à quand le cercle vicieux ? Et à quand, chers compatriotes, le cercle vertueux ? La vie politique s’en trouve ‘’dépolitisée’’ et «surconflictualiée».

Dépolitisée, car l’enjeu n’est pas le choix d’ »un avenir pour la Polis. Avez-vous entendu parler de débats ou de divergences sur les politiques du Pouvoir ou de l’opposition ? Quelle politique économique ? Quelle politique budgétaire ? Quelle politique fiscale ? Quelle politique bancaire ? Quelle politique industrielle ? Quelle politique agricole ? Quelle politique conjoncturelle ? Quelle politique structurelle ? Quelle politique culturelle ? Quelle politique sociale ? Quelle politique d’emploi ? Quelle politique…. ????

Tous les pays au monde ont, pourtant, des politiques dans les domaines cités. Les Partis au pouvoir, comme ceux de l’opposition, dans tous les pays du monde, conçoivent et proposent ces politiques sur la base des diagnostics scientifiques, et visent, ce faisant, des objectifs prédéfinis en leur consacrant des moyens déterminés.

Chez nous, je vous invite à vérifier les discours, les journaux, les radios, les communiqués, les interviews, les conférences de presse, les meetings… de nos hommes politiques, qu’ils soient du pouvoir ou de l’opposition! Vous vous rendrez compte, après cette investigation, que ces mots n’ont jamais été prononcés?

Rien que des personnes qui se vantent.., qui s’injurient.., qui se dénigrent.., qui promettent.., qui critiquent.., qui soutiennent…, qui applaudissent…, qui contestent…., qui répètent des phrases remplies de pronoms ‘’je’’, ‘’je’’, et encore ‘’je’’ ;.. ‘’tu’’, ‘’tu’’ et encore ‘’tu’’. Ces «je» et ces «tu » sont systémiquement suivis de « être »: ‘’je suis’’, ‘’je suis’’, ‘’je suis’’ et encore ‘’je suis’’, ‘’tu es’’, ‘’tu es’’, et ‘’tu es’’ encore….

Bref, ils brandissent des slogans et des banderoles. Jamais de rapports de telle ou de telle commission, de tel ou de tel expert, de tel ou de tel ministre sur tel ou tel sujet ??? Pas de groupe de réflexion. Pas de concertation! Pas de débat! Pas de validation!

Les outils de l’intelligence que sont les statistiques sont absents et méconnus! Pas de statistiques sur le chômage! Pas de statistiques des créations d’emplois! Pas de statistiques fiables publiques! Mais, l’intelligence des mauritaniens, où est-elle ?

Vous avez entendu dire, en revanche, que telle tribu a été évincée de l’Administration, que telle tribu est en train d’être évincée de l’économie, que telle tribu ou communauté a été promue ou galonnée, que Mr ou Mme un tel a été nommé et que tel autre est relevé de ses fonctions. Et on nous dit ‘’c’est la Politique!‘’ On nous dit : ‘’c’est la démocratie’’. On nous dit: ‘’c’est la République’’!

Mes chers compatriotes, ce n’est pas, là, la politique ! Ce n’est pas comme cela que se gère un pays…

La Politique est, de plus en plus, conflictuelle du fait du constant affrontement de groupes marqués par une misère présente ou récente, et désireux de s’emparer des attributs fascinants du pouvoir. Tous participent au dévoiement de la politique et de la démocratie. Cette propension au dévoiement de la démocratie par une ‘’majorité’’ qui écrase la ‘’minorité’’ et la marginalise et d’une opposition qui ne fait que contester, n’est pas la conséquence d’on ne sait quelle immoralité, mais celle d’une vision du monde héritée d’un passé récent de colonisés, autrement dit, celle d’une culture.

Elle est, aussi, la conséquence de la prise d’un mauvais virage, un jour de juillet 1978, le 10 exactement. Pour réhabiliter la politique et lui donner sa noblesse dans notre pays, il faut travailler ‘’politiquement’’ pour bannir cette culture et instaurer une autre culture fondée sur nos valeurs d’ouverture, de dignité, de grandeur, d’honneur, de fraternité et de justice, compatibles avec la modernité vraie et authentique, la bonne gouvernance.

Nous devons savoir que la démocratie équivaut rigoureusement à ses corollaires: la liberté et la bonne gouvernance. Elle a deux sens fort différents. Elle est le droit pour une collectivité de prendre en main son destin et se doter d’un président et d’un gouvernement qui expriment sa volonté collective mais elle est aussi le droit pour chaque citoyen, quel qu’en soit le groupe politique, de se protéger des abus du pouvoir, et la garantie pour l’opposition de ne pas être écrasée et marginalisée.

Cette conception doit reposer sur trois principes fondamentaux :

  1. Le débat, le dialogue. Autrement, c’est la dictature.
  2. Des institutions (président et gouvernement) fortes et reconnues permettant le débat et la mise en œuvre des décisions qui découlent de ce débat. Autrement, c’est l’anarchie.
  3. La justice, dans l’application de ces décisions. Autrement, c’est le libéralisme sauvage.

Cela implique également que nous tournions définitivement le dos à l’attitude mentale négative pour nous engager dans la voie de la réconciliation et de la pensée, pour adopter, en permanence, une attitude mentale positive en Politique. Cela implique, enfin, que nous imposions la paix sur nos frontières ou que nous menions la guerre en cas de nécessité, mais à ne jamais, jamais, nous faire la Guerre, à nous –mêmes !!