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le Dialogue en cours entre la Majorité et l’Opposition, (le FNDU et la CAP), la loi sur les créances bancaires, et bien d’autres sujets…

Entretien  avec Regards Croisés 16/04/2014.

Le Dialogue en cours entre la Majorité et l’Opposition, (le FNDU et la CAP), la loi sur les créances bancaires, et bien d’autres sujets.

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste.

Avec notre invité nous allons aborder le Dialogue en cours entre la Majorité et l’Opposition, (le FNDU et la CAP), la loi sur les créances bancaires, et bien d’autres sujets.

Question : Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Est-ce que vous trouvez la période consacrée au Dialogue bien indiquée, vu l’approche des élections présidentielles prévues en juin prochain ?

Réponse : Je ne me sens pas concerné par le Dialogue par ce que je n’ai pas un parti pris… je ne suis pas un acteur politique… je réfléchis, mais j’agis peu…

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste. Pourtant vous avez formulé des propositions.

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : C’est vrai. J’ai formulé des propositions, mais je ne suis pas passé à l’action.

Pour en revenir à votre question, je dirais que le Dialogue n’est pas nouveau. Il a été entamé depuis 2009, et il demeure dans les esprits…

Seulement, les attributs essentiels manquent encore.

En effet, pour qu’il y ait un dialogue sérieux, il faut qu’il y ait une culture démocratique… Et il faut que tous les acteurs en soient imbus, notamment, en acceptant le rôle de chacun, Majorité, Opposition, Observateurs indépendants… Il faut, également, une écoute attentive pour les propositions formulées par les uns et les autres.

La Mauritanie évolue depuis 50 ans sans jamais se remettre en cause, d’où la nécessité d’engager des réformes… Mais pour faire des réformes, il faut engager une réflexion afin de concevoir ces réformes et d’imaginer les voies et moyens de les mettre en œuvre, dans de bonnes conditions.

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Est-ce que le délai imparti au Dialogue permet, aujourd’hui, de faire la remise en cause souhaitée ?

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Si c’est le Dialogue qui intéresse, nous devons songer à la recherche de solutions aux problèmes qui se posent… Il faut un diagnostic sérieux devant conduire aux solutions qui agréent tout le monde… Il faut traiter les questions de fond et, après, trouver les formes qui conviennent (Délais, modalités, etc.…).

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Le délai est justement la pierre d’achoppement entre les parties. Certains le veulent plutôt long (jusqu’en mai, par exemple) alors que d’autres souhaitent le clôturer le 20 avril puisque le collège électoral sera convoqué le 21.

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : La politique n’est pas objective et j’ai l’impression qu’on a voulu enjoliver et embellir les choses, au lieu d’engager un dialogue conséquent… Pourquoi attendre les élections présidentielles pour engager le dialogue alors qu’il aurait dû être entamé bien avant (avant les législatives, par exemple).

Et j’étais le premier à demander dans une lettre ouverte au Pouvoir d’engager un dialogue avec l’Opposition et à l’Opposition de reconnaitre le Président élu en 2009. Mais les gens sont restés sourds,  à mes propositions… J’en ai donc déduit, un manque de sincérité dans le dialogue … Si on doit engager un dialogue, on doit déterminer les questions autour desquelles il va s’engager, et en suite lui donner tout le temps nécessaire au lieu de fixer, d’autorité, un calendrier contraignant …

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Les conditions fixées par la COD tournent autour d’un Gouvernement d’Union Nationale, et de questions de ce genre.

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : La Mauritanie n’a jamais connu d’alternance.

C’est pourquoi j’ai proposé un mandat unique pare ce que nous sommes en phase d’apprentissage, au niveau de la démocratie.

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Quand il y a des programmes ambitieux, il serait peut être utile de donner un peu plus de temps (deux mandats, par exemple).

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Dans toutes choses, il y a un côté positif et un côté négatif. Le Président élu est, en général, réélu parce qu’il a son parti et son équipe qui travailleront, toujours, à travers le pouvoir qu’ils exercent, pour assurer sa réélection.

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : J’avoue que je ne suis pas au courant d’un Président qui n’a fait qu’un seul mandat !

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : C’est pour cela que j’ai proposé un mandat unique pour qu’il y ait un Président qui ne sorte pas du Palais… Un mandat unique permet d’éviter la violence et les frustrations consécutives aux élections…. D‘autant qu’un mandat unique oblige le Président à faire le maximum en si peu de temps.

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Si l’on respecte la Constitution, le Président Aziz ne peut faire qu’un seul mandat après celui qui est en cours.

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Il y a une crise. Tout le monde le sait. Si le Président ne se présente pas, la crise est finie.

Dix ans, c’est beaucoup pour nos pays en voie de démocratisation.

De toutes les façons, il faut auditer le mandat du Président… S’il a commis des crimes, il doit être jugé… Si, par contre, il a fait du bon travail, il pourra après une alternance, se présenter pour un ou même deux mandats… ça lui permettra de respirer et d’étudier, sereinement, les dossiers.

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : A vos yeux, est-ce qu’il y a un challenger, pour Aziz ?

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : S’il se retire, des personnes talentueuses vont émerger… Aujourd’hui, tous les gens qui peuvent se présenter savent, d’avance, qu’ils seront battus… Pourquoi alors compétir… C’est mon cas !

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Nous avons alors un candidat auquel on ne s’attendait pas !!!

Certains proposent que le Dialogue prenne fin avant les élections présidentielles.

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : C’est un cercle vicieux. Les gens qui dialoguent ne connaissent même pas les problèmes du pays… La Constitution est sacrée, quand elle est dans mon intérêt etc.…

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : L’Opposition propose qu’on reporte l’élection présidentielle

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Il faut des réformes profondes, notamment, au niveau de la décentralisation des budgets de l’Etat.

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : La BCM vient de signer une convention avec la Banque Mondiale, pour la gestion de l’excédent en devises. Qu’en pensez-vous ?

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Il s’agit plutôt d’une assistance technique… ça veut dire qu’on a besoin d’une gestion plus efficace et plus efficiente des réserves en devises…. La Banque Centrale fait appel à cette expertise alors qu’elle aurait dû avoir les ressources humaines nécessaires pour la gestion d’un tel dossier.

Appel – Bou N’Nour – Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Je prends le contre pied de votre hôte, s’agissant du mandat unique qu’il propose… Je pense, quant à moi,  qu’un mandat ou même deux ne sont pas suffisants pour réaliser tous les objectifs fixés par le Président. Votre hôte a publié avec Brahim OULD ABDALLAHI un livre sur la gestion de la décentralisation… Je pense que la décentralisation n’est pas indiquée pour notre pays.

Appel – Ahmed – Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : L’Opposition ne cherche pas la bonne solution…

Appel – Barakatt – Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Ceux qui ne veulent pas du dialogue, savent qu’il n’y pas une démocratie au sens propre du terme… il y a une junte militaire qui organise des élections de façade, sous la pression de l’Occident… Le peuple doit arracher une démocratie réelle.

Appel – Tandia – Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Comment organiser les candidatures ?

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : L’auditeur Bou N’Nour a parlé des modifications constitutionnelles, notamment, les articles 26 et 28 du texte fondateur.

Si la longévité était une panacée, MOUGABE, KADDAFI, BEN ALY, MOUBAREK n’auraient pas détruit leurs pays respectifs. La pérennité n’est pas le lot des hommes… Le Président ne peut pas être éternel. L’éternité, c’est pour Allah… La démocratisation, dans notre pays, passe par l’alternance…

La gestion décentralisée ouvre une brèche à la pagaille, a dit notre auditeur. Est-ce qu’il n’y a pas  une pagaille au  niveau du système décentralisé, actuellement en vigueur ? Pourquoi ? Parce que le Président se confond au pays…Il y a une déformation psychologique qui consiste à dire que les Présidents sont irremplaçables, alors que Seul Dieu est Eternel.

La gestion décentralisée créé, certes, dans un premier temps, de la pagaille, mais elle créé, en même temps, des emplois et permet aux populations de gérer leurs propres affaires, en diminuant le pouvoir du Président et de son Administration Centrale.

Appel – Barakatt – Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Les opposants ne veulent pas du dialogue!

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Si les gens n’ont pas de vision claire qui guide leur entreprise, ils chercheront à profiter, comme les autres… Il faut, alors, réformer le système, pour casser cette ‘’boulimie’’, cette recherche illimitée du profit…

Appel – Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Il faut un candidat unique pour l’Opposition.

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : L’auditeur confond mandat unique et candidature unique… je n’ai parlé que du mandat unique, car, les présidents en exercice, quant ils sont candidats, n’échouent qu’à de rares exceptions (le Sénégal est un contre exemple).

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Parlons, maintenant, du projet de loi sur le recouvrement des créances bancaires.

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Le système bancaire mauritanien n’est pas bon… Il y a un taux de bancarisation très faible en Mauritanie… 5% de la population, c’est-à-dire un mauritanien sur cinq, possède un compte bancaire…

La relation entre la banque et la monnaie doit être précisée… la Banque Centrale qui dispose du pouvoir régalien de créer la monnaie délègue ce pouvoir aux banques primaires…

Les banques primaires ne doivent pas appartenir à des familles ou à des individus… Ce qui est, malheureusement, le cas, aujourd’hui,  d’où une inflation de banques…

Il serait, alors, nécessaire, de réformer le système bancaire en Mauritanie…

La loi dont vous parlez, doit défendre le faible au lieu de défendre les banques, dont la responsabilité civile doit être inscrite dans la loi afin de protéger les clients…

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Les banques vous prêtent tout, mais, à un moment donné, elles reviennent et reprennent tout.

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : L’argent, c’est l’argent de la Mauritanie… Mais la fonction de crédit est tout à fait biaisée.

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : C’était le cas de la lutte contre la gabegie, au tout début du mandat d’Aziz.

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : C’est ne pas de cela que je parle… Si, par exemple, vous avez une banque, KHATTAT, vous pouvez prêter l’argent à des gens, car le pouvoir de création monétaire doit profiter à l’économie nationale…

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Certains clients sont frappés par les agios…

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Les bons du Trésor ont permis à beaucoup de banques de s’enrichir…. Seulement, depuis quelque temps, l’Etat fait de moins à moins appel aux banques préférant  recourir à l’argent de la SNIM, du Fer, de l’Or, etc.…

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : La loi prévoit que la liste des biens (meubles et immeubles) appartenant aux débiteurs, doit être communiquée au juge.

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Je préfère que la confiance s’établisse entre la banque et ses clients, au lieu de recourir à la contrainte, aux tribunaux, etc.…

Se sont les banques qui doivent bénéficier du pouvoir de créer la monnaie (agrément) et non les autres établissements financiers… Car les banques sont faites pour promouvoir l’économie nationale.

Appel – Sidi OULD MOHAMED VALL, Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : J’adhère à toutes les idées exprimées par votre invité. Seulement, le dialogue politique a été engagé, mais il manque le dialogue social.

Appel – Abdallahi , Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Vous êtes Radio Nouakchott ?… Oui !

Je connais le Professeur depuis 1991, et il n’a jamais souligné une bonne action réalisée par les différents régimes.

Pour ce qui est des banques, les gens sont prêts à prendre des crédits, mais ne sont pas disposés à rembourser. Je parle en connaissance de cause, pare ce que je suis un rescapé des banques.

Mohamed OULD KHATATT, pourquoi vous n’utilisez pas la langue arabe ou les autres langues nationales, pour communiquer avec vos auditeurs.

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste.

Pour l’arabe, nous avons une émission ‘’Hiwar bila esswar’’… Et nous avons, également, d’autres émissions, pour les langues nationales.

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Pour répondre à notre auditeur Abdallahi, il a raison de dire que je suis critique. Effectivement, je suis critique par rapport à la conception et aux systèmes car, je ne m’occupe pas de la mise en œuvre. Si je m’en occupais, j’aurais pu noter des actions bonnes et d’autres moins bonnes.

Pour en revenir à la remarque d’Abdallahi, pendant longtemps, je me suis occupé de mes affaires personnelles… Mais, à un moment donné, j’ai dû réagir, et ce que je reproche aux dirigeants des différents régimes qui se sont succédés, c’est  qu’ils ne réagissent pas par rapport à ce que je dis, ni écris… j’écris à Hollande, il me répond. J’écris à Juppé, il me répond.

Par contre, nos hommes politiques, en Mauritanie, n’ont pas le civisme  de réagir.

S’agissant des créances douteuses, elles existent, par ce que les banques ne financent pas les projets mauritaniens, et la loi doit les astreindre à cela.

Quant au dialogue social, il doit être engagé de façon concomitante avec le dialogue politique…

Et de toutes les façons, les mauritaniens se consultent pour toutes les questions d’intérêt national. Le dialogue politique et le dialogue social ou sociétal doivent, donc, se compléter.

Comme il y a un faible taux de bancarisation, il y a, également, un faible taux de politisation, en Mauritanie.

Appel – Hamdi , Mohamed OULD KHATATT, Journaliste. Je suis content par ce que le professeur ne verse pas dans la langue de bois.

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN :

Cette critique est, souvent, faite aux intellectuels car, les intellectuels doivent être indépendants d’esprit.

Les militaires exercent une noble mission qui consiste à défendre la patrie. Mais, quand ils se mettent à faire la politique, ils s’occupent de ce qui n’est pas leur métier.

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : La prolifération des banques : 13 banques nationales, 5 banques étrangères.

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN :

A mon avis, l’économie mauritanienne ne justifie pas la création de tant de banques… Mais, les influences tribales, financières, politiques ou autres, finissent par avoir le dessus, par ce que les gens se disent pourquoi lui et pas moi… Et je craints, d’ailleurs, qu’il n’y ait du blanchiment, derrière tout ça.

 

Entretien  avec Regards Croisés 02/10/2013.

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Nous allons aborder avec notre invité le Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN deux questions d’actualité : les pluies diluviennes en Mauritanie et surtout à Nouakchott et le dialogue entre la Majorité et l’Opposition (La COD).

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Je vous remercie de m’avoir invité pour aborder deux sujets d’actualité d’importance à peu près égale.

Pour aborder la question des pluies, nous pouvons dire que la pluie est un don de Dieu.

Elle est bonne pour l’agriculture et l’élevage. Elle est, également, bonne pour les hommes, mais pas à Nouakchott.

Nouakchott est une ville particulière en se sens que tout ce qui est à l’ouest de l’Hôpital et de l’Ambassade de France est soumis aux inondations…

En effet, il y a certaines zones qui, normalement, ne sont pas bonnes pour l’habitat… MELAH, par exemple, est un quartier qui a été appelé ainsi par les populations, car elles se trouvaient, avant d’être transférées là où elles sont installées, maintenant, dans un site à côté de l’océan Atlantique où il y avait beaucoup de sel…

Et que dire de la SOCOGIM PS… Et que dire du KSAR qui est un garage flottant…

Pourtant la pluie n’a pas fait de distinction entre les riches et les pauvres. Tout le monde était logé à la même enseigne (Las Palmas, Sebkha, SOCOGIM PS, KSAR, etc.…).

Et pourtant personne n’a parlé. Les populations sont résignées et l’Administration se trouve dans l’attentisme… Nous aurions dû nous dresser, comme un seul homme, pour faire face à cette situation (Administration, intellectuels, hommes d’affaires, hommes de bonne volonté, etc.…)… C’est pourquoi j’ai honte parce que nous sommes humiliés… Nos partenaires ne peuvent plus nous respecter, quand ils voient que nous sommes dans cette situation et que nous ne fournissons pas d’efforts pour s’en sortir.

Nous avons troqué notre mode de vie traditionnel pour construire une ville (Nouakchott)… Nous sommes, donc, condamnés à disparaitre, si nous ne faisons pas quelque chose… L’Administration aurait dû prévoir ce genre de situations, car Administrer c’est prévoir.

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Un rapport récent publié par le GIEC sur le climat, nous inquiète pare ce qu’il prévoit une limite au-dessus de laquelle, Nouakchott pourrait disparaitre…

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Je ne suis pas spécialiste en la matière, mais je sais que la situation est rouge comme on dit dans le jargon bancaire… Pour faire face à cette situation, une étude s’impose afin de déterminer plusieurs scénarii, qui appellent, chacun,  une solution spécifique… Par exemple, quelle attitude adopter si Nouakchott reçoit 50 mm, 100 mm, 150 mm, etc.…

En attendant de réaliser cette étude, et d’imaginer les scénarii appropriés, il y a des mesures conservatoires urgentes à prendre :

Arrêter de construire les goudrons tant qu’il n’a pas de système d’assainissement ;

Interdire les constructions dans les zones actuellement inondées.

La SOCOGIM PS, par exemple, c’est une société d’Etat, qui a construit des maisons au profit des populations dans une zone inondable… C’est un ‘’dol’’, et la SOCOGIM doit dédommager les populations, en conséquence… La SOCOGIM PS doit être transférée, ailleurs, et le quartier actuel doit servir de poumon pour la ville, car la ville a besoin d’un espace pour la respiration…

De toutes les façons, une étude s’impose… J’ai pensé, à un moment donné, qu’on pouvait construire une capitale politique à l’intérieur du pays, et laisser Nouakchott, dans sa forme actuelle, comme port maritime et comme centre commercial.

J’ai constaté qu’il y a des terrains militaires qui sont inondés à Nouakchott… Et l’Armée n’a rien fait. C’est pourtant le lieu de faire un coup d’Etat… Contre l’inondation !!!

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : L’expérience de l’évacuation des eaux vers l’Océan a, quand même, soulagé les populations à Sebkha.

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Pour moi, les hommes politiques de la Majorité et de l’Opposition, sont tous logés à la même enseigne… Je dirais, même, à la même ‘’boue’’… Je m’insurge contre tous, car je trouve que l’indifférence et la démission observées chez tous les acteurs, sont admissibles…

Il faut une approche méthodologique, où tout le monde doit être mis à contribution pour étudier cette question.

Appel – Mohamed Mahmoud OULD BABA AHMED – Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : On constate l’absence totale de la conscience nationale, car l’eau est rentrée dans les maisons… C’est une catastrophe nationale… Les Autorités ne font rien du tout pour faire face à cette situation… L’élite ne s’occupe pas de la population.

Appel – Abderrahmane OULD EL HADRAMI – Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : L’eau est un Qadar (un destin). Il y a beaucoup de patriotes, en Mauritanie, mais se sont les moyens qui manquent. Professeur ! Qu’est ce qui se passe… Par rapport aux pluies des années 1975, vous vous souvenez ?

Appel – Samba SALL – Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Tout ce qui se passe se sont les conséquences de la mal-gouvernance… La négligence, l’insouciance, etc.… Tout ça, c’est la mal-gouvernance… Il faut un Etat fort pour imposer les mesures adéquates prises dans l’intérêt de la population.

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : S’agissant des mesures conservatoires que j’ai évoquées plutôt, il faut ajouter une réflexion pour l’emplacement des garages à Nouakchott… Je déplore, d’ailleurs, cette attitude passive constatée chez tout le monde…. Et si c’était un incendie ? On aurait dû fuir nos maisons laissant les femmes et les enfants à la merci des flammes !…

Il y a eu une chance et un malheur en Mauritanie… La chance, c’était Feu le Président Moctar OULD DADDAH et son équipe. Quand il y a eu la sécheresse, ils ont fait face à la situation en créant le plan d’urgence, le CSA, etc.… Ils ont, également, fait appel à la Communauté Internationale, pour les aider.

Appel – Samba SALL – Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Je reviens à la mal-gouvernance.

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Je pense qu’il a raison, car il y a une évolution au niveau de la gouvernance qui s’apprécie, maintenant, en fonction des résultats. Si les résultats sont bons, c’est de la bonne gouvernance… Pour étudier la situation de la Mauritanie, il faut faire un bilan…

Appel – Mohamed OULD BOWBA – Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Il faut engager les synergies nécessaires pour faire face à cette situation…

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Vous avez suggéré que la partie ouest de Nouakchott soit déplacée… Mais il y a beaucoup de maisons !

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Il ne faut pas faire la politique de l’autruche. On doit identifier les maisons où l’eau est rentrée… Si on fait cet inventaire, les résultats nous édifieront… Si une zone est inondée à 70%, ça veut dire qu’elle n’est pas propre à l’habitat….   D’ailleurs, j’ai oublié la responsabilité de tous ceux qui se trouvent sur cette terre !

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Il y a Moudjéria qui a reçu 300 mm… Il y a, également, Rosso.

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Pour Moudjéria, il y a les pâturages, les oasis, etc.… Ce qui n’est le cas de Nouakchott… On peut, également, poser la question. Et si les 300 mm étaient tombés à Nouakchott !!!

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Parlons, maintenant, du Dialogue entre la Majorité et l’Opposition.

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : J’ai introduit un nouveau concept que j’ai appelé démocratie inclusive, inspiré de l’Accord de Dakar… Et j’ai lancé un appel, en 2010, au Pouvoir et à l’Opposition pour entamer ce dialogue… Mais le Président actuel et son équipe ont commis une erreur en refusant de l’engager… Or, c’est à travers le dialogue qu’on pouvait régler les crises… Et depuis 2003, il y a coup d’Etat, crise, coup d’Etat, crise, et ça ne finit pas… Il faut engager un débat national sur ce dialogue…

La crise est structurelle… Elle est, également, systémique… Et il faut mettre les garde-fous pour rendre, matériellement, impossible la tricherie… Quand il y a une crise, il faut un soutien extérieur…

Appel – Mohamed OULD BABA AHMED – Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Quand est-il du dialogue d’aujourd’hui, et quels sont les garde-fous proposés par le Professeur ? La CENI ou quoi ?

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : La COD a demandé le ‘’Rahil’’ du Président, mais maintenant les ardeurs s’apaisent…

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Je ne suis pas dans le secret du prince… la COD a demandé le ‘’Rahil’’, mais le ‘’Rahil’’de quoi ?

C’est le ‘’Rahil’’du Système de l’insouciance et de la démission qu’il faut demander…

L’internet a permis la mondialisation qui a rendu le système des militaires obsolète… Les partenaires doivent, donc, intervenir, comme pour l’Accord de Dakar, pour aider les militaires à partir…

Appel – Abdallahi – Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Le dialogue est attendu par tous les mauritaniens…

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Nous sommes en face d’un système qui veut naître… Il faut, cependant, engager des réformes profondes pour l’aider à naître… Le problème réside dans les réformes et leur qualité… La communauté Internationale est absente, alors que le monde est devenu un village planétaire… Il y a beaucoup d’intellectuels indépendants dans le pays…. Mais, pour garantir l’objectivité de la médiation, il faut que les facilitateurs viennent de l’étranger

Appel – Mohamed OULD BABA AHMED – Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : La COD a mis du temps pour participer…

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Je suis critique envers tout le monde, mais ma critique va plus à la Majorité qui aurait dû prendre l’initiative d’engager un dialogue comme celui qui a donné lieu à l’Accord de Dakar… Les islamistes posent plus de problèmes à nos pays car, la Communauté Internationale rejette de façon quasi pathologique des partis liés à cette mouvance… Il doit y avoir un dialogue national, où l’on pose toutes les questions d’intérêt national sans tabous (les événements de 1989, l’esclavage, etc.….)… La Mauritanie n’est pas un pays esclavagiste, car il y a des régions où l’on ne pratique pas l’esclavage… Les zones où il y a des séquelles de l’esclavage, il faut lutter pour les éradiquer…

Pour rendre les pratiques antidémocratiques inopérantes, j’ai deux recettes :

La première c’est que personne ne se présente à sa propre succession, ni Président, ni parlementaire, ni élu communal.

La deuxième c’est d’engager une réflexion que j’ai initié, il y a quelque temps, avec mon ami Brahim OULD ABDALLAHI, sur le dialogue inclusif.

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Si on revenait sur votre premier jugement : le Pouvoir et l’Opposition sont dans la même ‘’boue’’… On dirait que l’Opposition est, actuellement, absente….

Docteur Mohamed OULD MOHAMED EL HACEN : Celui qui veut enterrer, ne déterre pas !

Mohamed OULD KHATATT, Journaliste : Radio Nouakchott, Regards croisés, je vous remercie.