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I – Economie monnaie finances banque

A propos de la crise de liquidité

Série de 12 articles publiés dans les medias mauritaniens

Donnez moi le droit d’émettre et de contrôler l’argent d’une nation, et alors peu m’importe qui fait les lois

Mayer AMSHEL

 

Introduction

Plus les choses sont étrangères et éloignées de l’homme, plus il en devient curieux et plus il dispose du recul suffisant pour les observer à distance, comme on observe des phénomènes métaphysiques. La vision s’améliore avec le recul.

À l’inverse, quand elles lui sont si proches et si familières, comme l’est son corps ou sa poche, il croit les connaître alors qu’en réalité il les ignore, même s’il les utilise comme il utilise l’eau et la nourriture dont il n’appréhende pas pour autant la composition chimique, la valeur énergétique et nutritive.

C’est ce qui nous arrive avec l’Economie en général, et avec la Monnaie et la Banque, en particulier.

Conscient de cela , et voyant que notre pays est menacé par l’extinction de la ‘’bougie’’ du savoir, la braise se transformant en cendre, l’ignorance et l’inculture constituant, de notre point de vue, le principal danger qui pèse sur nous : l’Administration étant devenue compatible avec toutes les matières exceptée la matière grise, nos étudiants ‘’conquérant‘’ les diplômes, mais ‘’résistant’’ à l’acquisition des connaissances, nous avons décidé d’expliciter, certains aspects des sciences économiques et financières censés être familiers à tous et cependant méconnus de tous.

Nous essaierons de le faire de manière à ce que cela soit accessible à tous, succinct et simple.

Beaucoup croient que les sciences économiques et, en particulier les phénomènes monétaires, sont complexes, savants et inaccessibles, ou seulement à la portée de quelques génies particulièrement doués.

Pour notre part, nous partageons l’avis de l’économiste Golbraith qui dit,  qu’ «en économie, tout est accessible à un homme doté d’une intelligence moyenne ».

Ces éclairages, nous les apportons pour plaire à Allah et pour allumer une petite bougie dans un univers de plus en plus ténébreux, l’économie, ayant par rapport au reste, une raison supplémentaire d’être non comprise : celle d’être comestible !

Combien de fois avez-vous entendu à Nouakchott : « il n’y a pas d’argent en ce moment » ? Cette  période  « sans argent » ? Ces années  « d’abondance d’argent » !!!

Le constat: la nouvelle circule, revient de bouche à oreille, mais elle en reste là, comme s’il s’agissait d’un phénomène tombé du ciel et non se déroulant sur la terre, d’un phénomène impossible à expliquer. On sait ce  qu’il en est ou ce  qu’il n’en est pas…, mais on ne se hasarde jamais à chercher à en comprendre le pourquoi, la raison…

Je n’ai jamais entendu ou lu qu’un média l’ait abordé, ou qu’un pouvoir, un homme politique et, moins encore, un scientifique se soit préoccupé de s’y arrêter pour tenter de l’éclaircir.

Nous l’examinerons  exclusivement sous ce dernier angle, à l’égal de tous les sujets et thèmes qui seront développés dans le cadre de  l’Institut International de Recherche et d’Etudes  Stratégiques –IIRES-.


I

La Monnaie : un bien pas comme les autres

I – La Monnaie : un bien pas comme les autres

Pour  bien cerner   le phénomène monétaire, il nous semble  indispensable d’examiner  les fonctions  et  les caractéristiques de la monnaie.

Ses caractéristiques

D’un  point  de vue comptable

1 – La  monnaie sert comme  unité de compte

C’est un instrument de  mesure  de la valeur  des biens, des services et des titres. Les prix de tous les éléments de patrimoine figurant au bilan sont exprimés en monnaie.

Parce qu’elle mesure la valeur de tous les biens  en tant qu’unité, la monnaie leur sert de  dénominateur  commun  et  permet la comparaison entre eux.

Utilisée dans chaque transaction entre acheteurs et vendeurs, la monnaie représente la contrevaleur pour ces derniers lors de leur transaction avec les acheteurs.  Elle constitue la contrepartie du bien vendu.

J’ose dire qu’elle est, en quelque sorte, l’alphabet de la comptabilité.

La monnaie est un actif

Comptabilisée comme un élément de patrimoine, la monnaie est un actif qui apparaît dans le bilan des entreprises et des particuliers à côté de tous les autres actifs.

Cet actif est toujours une créance-dette.

Mais, par le rôle qu’il  joue au niveau économique, il  se différencie de tous les autres actifs. Distinguer entre actifs non monétaires et monnaies est chose aisée. Il suffit de comprendre que les actifs non monétaires sont liquidables en monnaie alors que «  la monnaie n’est  que monnaie ». Ce point sera examiné plus loin.

Analyse économique et  financière de l’actif  monétaire

La monnaie est liée à  l’économie et à  la société par une relation dialectique. La monnaie, les institutions qui la gèrent et les pratiques qui lui sont rattachées dépendent largement de  l’évolution économique et sociale. Mais ces  mêmes institutions et pratiques sont utilisées, notamment  par les autorités monétaires nationales ou internationales, pour infléchir  et marquer la réalité  économique.

2 – La monnaie en tant que moyen de paiement

La monnaie est indispensable et  irremplaçable dans toute économie d’échange.

Elle est, au premier chef et avant toute autre fonction, un moyen de paiement immédiat et indéterminé qui éteint instantanément la dette et permet le transfert de propriété d’un  bien, objet de transaction, d’un vendeur à un acheteur dès la remise du prix, sans limite ni  plafond de montant.

3 – Moyen de conservation de la valeur

et donc d’épargne, la monnaie permet de différer les achats et les investissements, à moins que l’inflation ne vienne éroder sa valeur. Elle joue le rôle d’un instrument  financier  capable de transférer un pouvoir d’achat dans le temps.

JM KEYNS disait que « la monnaie est un trait d’union  entre  le présent et le futur ».

Sans les mécanismes monétaires, les agents économiques ne peuvent procéder à des anticipations.

4 – Liquide par nature

La monnaie est, sur les marchés, l’intermédiaire incontournable  lors de chaque transaction.

5 – Son coût de production

Insignifiant ou  quasi nul,  est sans rapport ave sa  valeur, son pouvoir d’achat.

Cette caractéristique  essentielle   est rarement évoquée par les spécialistes et théoriciens de la monnaie.

Les privilèges et les avantages subséquents justifient, pour une plus grande transparence,  un examen  approfondi  de cette spécificité.

De nos jours, il n’y a plus besoin, pour les banques ou pour  les Etats, d’acquérir des  mines et des usines pour fabriquer une monnaie métallique : en or ou en argent.

Utilisée sous la forme de papier, d’écritures et de signes, la monnaie est devenue sans valeur intrinsèque. Elle  ne coûte  presque  plus rien à produire.

Malgré cela, la valeur nominale de cette monnaie  est égale à son pouvoir d’achat.

Ce pouvoir de libérer le débiteur de sa dette et d’obliger le vendeur à l’accepter en, contrepartie de tout bien exposé sur le marché, provient la loi érigée par l’Etat du pays d’émission, laquelle loi confère à la monnaie nationale « un cours  légal et un pouvoir libératoire ».

Mais cette propriété de la monnaie  résulte, surtout, d’une sorte de consensus  social qui fait accepter par tous la valeur d’un billet de 100 ou de 5000, simplement parce qu’un chiffre est imprimé dessus, ou la valeur   d’un autre chiffre, parce qu’il est inscrit au crédit du compte d’une entreprise ou d’un  particulier tenu par une banque de dépôt agréée  par l’Etat.

En effet,  la monnaie  peut être créée ex nihilo par les banques de dépôt, sans coût de production ou frais autres que les frais de gestion, et ce grâce à  la monétisation des prêts  qui  ont pour contrepartie  le  crédit à l’économie.

Autrement dit, en accordant un crédit à une entreprise ou à un particulier, la banque achète une créance. L’acquisition de cet actif, sous forme de créance, se réalise par l’écriture d’un dépôt (quantité équivalente de monnaie) sur le compte du client bénéficiaire du crédit.

Le titre de créance est ainsi monétisé.

L’analyse comptable et financière de l’octroi d’un tel  prêt par une banque de dépôt nous montre que l’emprunteur a pu disposer d’une nouvelle quantité de monnaie sans qu’il y ait eu une diminution de l’encaisse monétaire d’une tierce personne..

La monnaie ainsi créée à partir de rien, c’est-à-dire, ex nihilo, et qui va permettre au bénéficiaire du crédit d’effectuer des règlements d’achats et de dettes n’a pas été empruntée auprès de tiers : institution financière ou agent économique. Et l’actif monétaire né de la sorte n’aura coûté  que les frais de gestion y afférant.

Contrairement aux agents économiques (l’Etat inclus) et aux institutions financières non bancaires, les banques commerciales disposent, et à elles seules, au passif de leur bilan, d’une ressource quasi- gratuite : la création monétaire.

Grâce  à cette  ressource, faite simplement d’écritures, la Banque peut acquérir des actifs, réaliser du chiffre d’affaires, octroyer des crédits, engranger des profits et même créer et mettre en faillite des entreprises.

Quant à la monnaie fiduciaire créée  par la Banque centrale, elle ne lui coûte que les frais d’émission  et d’impression.

En dépit de ce qui précède, nous ne nous demandons pas  pourquoi la monnaie est considérée comme un  actif alors qu’aucune valeur n’y  est incrustée  ni encore pourquoi elle peut s’échanger contre  tous les autres actifs, peut être, à cause de notre contact quotidien avec la monnaie, contact qui induit précisément une familiarité aveuglante.

L’énormité du privilège accordé aux banques de dépôt est, pour vous, désormais, évidente. Elles sont les seules institutions qui sont en mesure de régler directement leurs dettes et leurs transactions grâce à des ressources  qu’elles produisent elles-mêmes  et dont le coût est quasi inexistant, en tout cas, insignifiant.

Dans ces conditions,  n’est-il  pas logique de se demander pourquoi ces banques ne s’approprieraient  pas  tous les biens que les autres détiennent ?

Elles font certainement tout ce qu’elles peuvent pour y arriver.

Mais les Pouvoirs publics  dressent nécessairement des obstacles  pour contrer leur boulimie, dans le but d’épargner  à l’économie et d’éviter au système bancaire les risques et les dangers inhérents à l’utilisation  de cette arme à double tranchant.

Nous nous limiterons à trois cas de figure préjudiciables pour l’économie et pouvant résulter  de cette faculté donnée  aux banques de créer la monnaie.

Effets pervers de  la création monétaire par les banques

1 – Le détournement du crédit

L’objectif  de  l’Etat, en délégant aux banques son pouvoir monétaire régalien, est de faire en sorte que celles-ci financent l’économie.

C’est ainsi que, pour une grande part, la contrepartie de la masse monétaire, dans tous les pays, est généralement représentée  par les crédits à l’économie.

Les acquisitions par les banques d’actifs réels ou incorporels autres que les créances sur les agents économiques, qui fait,  elle aussi, augmenter le volume de la masse restent  très marginales, pour être prise en compte.

Elles sont par conséquent ignorées et négligées dans les statistiques monétaires officielles  et n’ont pas droit à une ligne dans les contreparties de la masse monétaire. Concrètement, elles sont impossibles à réaliser, tout au moins à une grande échelle, dans tous les pays, dans la mesure où il y a toujours une ligne de démarcation nette entre les secteurs réels de l’économie et le secteur bancaire.

Le caractère ‘’hybride et métissé’’ des banques mauritaniennes, par le cumul et la confusion chez les mêmes acteurs des statuts de banquier, de commerçant, de fonctionnaire et d’industriel, ne peut que susciter  des interrogations et des appréhensions à ce niveau.

En attendant que cesse le mélange des genres  et que soient réhabilitées les  incompatibilités dans ce domaine, les statistiques monétaires gagneraient à être examinés et corrigées par le FMI et la BCM, dans la perspective d’un plus grand affinement et d’une plus grande transparence, à travers le rajout d’une ligne contrepartie de la masse monétaire, distincte de la ligne « crédit à l’économie » et  qui s’intitulerait «production par la banque  pour elle-même ou pour des firmes qui lui sont apparentées ».

2 – Inflation par la monnaie

L’inflation peut survenir du fait d’une injection de monnaie supérieure à la production additionnelle. Si elle excède ce besoin, il y aura abondance  de monnaie active par rapport aux biens, services et titres échangeables. Il en résulte une inflation des prix et une destruction du pouvoir d’achat de chaque signe monétaire. Aussi les crédits rapportent-ils des profits aux banques et diminuent-ils a contrario la valeur relative des actifs monétaires en possession des agents économiques.

3 – Sécheresse monétaire

S’il y a  pénurie d’argent, ce que j’appelle sécheresse monétaire, l’effet négatif de cette rareté  sur  le volume des transactions est évident  et il s’en suivra inéluctablement  un ralentissement de l’activité et une décroissance économique.

En pareille conjoncture, les transactions commerciales se réalisent rarement ou avec difficulté car les acheteurs potentiels désireux d’acquérir des actifs réels, meubles ou immeubles, n’auront plus la quantité adéquate de monnaie qui conviendrait au vendeur

D’une manière générale et en conclusion, la  création monétaire par le crédit peut être assimilée à une anticipation de la production et du revenu qui s’en suivra. Tout le problème est de maintenir cette anticipation dans des limites tolérables dans un contexte économique donné. C’est le rôle que doit jouer la politique monétaire au mieux de l’intérêt général.

Comment éviter ou atténuer les effets pervers du pouvoir de  création monétaire par les banques

Vous devinez que ce pouvoir ne peut être total et absolu et qu’il y a des limites qui font obstacles à l’éventuelle boulimie des banques.

Des obstacles et des limites sont toujours dressés par les Pouvoirs publics et les autorités monétaires pour éviter, ou pour le moins, atténuer les conséquences néfastes d’un usage excessif ou inadapté de ce pouvoir de création monétaire par les banques.

  • D’abord par la limitation du nombre des banques de dépôt par rapport aux autres banques et proportionnellement à la taille de l’économie. L’agrément des banques de dépôts est toujours soumis à des conditions rigoureuses et strictes, de surface financière, de moralité et de formation des dirigeants et du personnel. Leur nombre doit être très restreint. C’est le premier garde-fou.

A cause du cumul par les hommes d’affaires mauritaniens du métier de banquier avec celui de responsable d’entreprise, nous avons mis en garde, déjà  en 2005, contre la tentation de voir chaque commerçant, millionnaire en dollars, postuler pour la création d’un établissement avec statut de banque de dépôt créatrice de monnaie.

Rien n’est aussi dangereux que l’actuelle  prolifération, dans notre pays, des banques de dépôts, affublées abusivement de l’épithète islamique, prolifération qui  risque fort bien de préluder à une catastrophe pour l’économie et le système bancaire: crise de liquidité (on y est), crise bancaire; crise de solvabilité; crise financière…).

On dit souvent que le capital est lâche, mais, dans notre cas, il est téméraire et même aventurier. La banque devient une loterie. Chaque mauritanien, légèrement nanti ou se croyant momentanément puissant, ambitionne, désormais de posséder sa propre monnaie au détriment de  la monnaie de la communauté  nationale.

Les  autorités  nationales, en acceptant d’ouvrir toute grande la  porte à cette évolution au lieu de dresser  des barrages et de renforcer les verrous existants et les autorités internationales qui ont laissé faire, portent une responsabilité historique grave en commettant une faute aussi évidente. Il s’agit là du b.a.-ba de la gestion  monétaire.

Dans l’intérêt de tous, et pour l’Histoire, je ne saurai  passer sous silence la  plus dangereuse  erreur  des dernières années. Je ne pourrai qu’alerter l’opinion et les autorités à son propos.

  • Une deuxième limite réside dans le fait que la banque ne peut accorder le crédit qu’à des agents économiques qui le sollicitent pour répondre à des besoins de financement et d’anticipation.

Les banques ne peuvent pas accorder du crédit à qui n’en veut pas.

Mais ce qui constitue une limite naturelle à la création monétaire ailleurs est un facteur d’aggravation du risque chez nous, dans la mesure  où le banquier peut, dans certains cas, être, aussi demandeur de crédit,  par le biais de ses entreprises et offreur de crédit par celui de sa banque.

Ce garde fou naturel, tout comme celui, artificiel, que nous venons d’examiner, ne jouera pas pleinement en Mauritanie tant que ‘’le divorce’’ entre les deux secteurs économique et bancaire pourvoyeur de crédit n’aura pas été définitivement consommé.

C’est là une autre faille dans le système de gestion de l’économie mauritanienne dans lequel le ‘’frein est remplacé par l’accélérateur’’, avec tous les dangers que cette confusion peut engendrer.

  • Troisièmement, les banques sont soumises contrôle de la banque centrale au terme de la politique monétaire, au contrôle des banques, par les ratios prudentiels et les dispositions légales de contrôle des sociétés anonymes: audit légal, contrôle interne…
  • La quatrième limite est technique

Les banques peuvent redouter les inconvénients, pour elles, des « fuites monétaires » qui peuvent provoquer des difficultés de trésorerie et éroder la rentabilité à cause du recours à un coûteux refinancement sur le marché monétaire ou autrement.

Mais ces effets relèvent  d’un avenir incertain et sont toujours postérieures à l’acte de création monétaire bancaire.

Liquidité des banques n’est pas liquidité de l’économie malgré une certaine interdépendance

Liquidité des Banques 

La totalité des encaisses en monnaie fiduciaire des banques ajoutée à leurs avoirs en monnaie scripturale à l’Institut d’émission constituent ce qu’on appelle, à l’échelle d’un pays, la liquidité bancaire.

Cette monnaie n’est pas monnaie au sens général du terme que nous avons développé antérieurement puisqu’ elle ne circule pas sur les marchés réels et entre agents économiques.

En revanche, cette monnaie dite centrale – qui joue le rôle d’unité de compte et non de moyen de paiement – est la seule qui peut servir de moyen de règlement entre les banques.

En distribuant trop de crédits, les fuites monétaires vers les autres systèmes bancaires et financiers auront tendance à s’aggraver, créant un besoin de refinancement  qui ne peut être  satisfait qu’en monnaie centrale, c’est-à-dire, par un recours à la liquidité bancaire qui n’est jamais gratuite et qui vient grever la marge de l’institution demanderesse.

La liquidité bancaire, les particularités de la monnaie centrale 

  • Cette monnaie scripturale n’est émise qu’au profit des banques.
  • Elle est le seul moyen qui permet la réalisation des opérations interbancaires.
  • Mais elle ne fait pas partie de la masse monétaire parce qu’elle ne circule pas entre les agents économiques et sur les marchés réels.
  • Du niveau de cette liquidité dépend largement la capacité  des banques à créer  de la monnaie, autrement dit à distribuer du crédit.

De même que le marché du crédit n’est pas à confondre avec le marché monétaire, de même la liquidité bancaire est à distinguer de la liquidité de l’économie.

Cette dernière est mesurée par le volume de l’économie.

II – Comment se forme la liquidité monétaire ?

L’argent, c’est à dire la monnaie, est un bien vivant qui ‘’nait’’, vit, c’est à dire circule, se ‘’repose ‘’ et ’’dort’’, sur le marché des biens et services dans un espace territorial donné, et qui ‘’meurt’’ comme tous les êtres vivants, qui disparaît et’’ s’éteint’’.

Quand les naissances sont supérieures aux décès, la quantité d’argent sur le marché a tendance à augmenter, on dit alors qu’il y a « beaucoup d’argent ».

Les décès dépassant quantitativement  les naissances, on dit qu’il y a « peu d’argent », une crise de liquidité.

Autrement dit, quand il y a plus d’entrées d’argent sur le marché que de sorties d’argent, le marché est liquide et cela contribue généralement  à relancer l’activité économique.

Lorsque les quantités d’argent qui quittent le marché, qui meurent, dépassent celles qui celles qui naissent, celles qui y entrent, on parle de rareté d’argent, de non- liquidité sur les marchés, ce qui contribue à la stagnation de l’activité.

Ces constatations faites, il nous reste à déterminer les sources de vie de l’argent et les raisons de sa mort, pour tout comprendre.

D’où vient  la monnaie?

Première source de création monétaire : le crédit bancaire

L’argent naît quand une banque qui a un pouvoir et une capacité de créer la monnaie accorde un crédit à un agent économique opérant sur le secteur réel d’un marché donné.

La Banque a ce pouvoir de création monétaire, parce que l’Etat l’autorise à l’exercer. Comme la défense ou la diplomatie,  la monnaie relève du pouvoir régalien de l’Etat.

Elle a la capacité lorsqu’elle est autorisée, toujours par l’Etat, à ouvrir dans ses livres des comptes de dépôt pour le public afin de pouvoir y inscrire les sommes prêtées. Si cette ‘’ardoise’’ sur laquelle on inscrit l’argent n’existait pas, comment peut-on concrètement accorder un crédit et le gérer ? Sans cet instrument pratique, le crédit et, partant, la création monétaire serait impossible.

J’entends souvent dire dans les médias et même par des spécialistes, que c’est grâce aux fonds déposés par le public que les banques peuvent accorder du crédit. C’est une idée reçue fausse, erronée. C’est même le contraire qui est vrai. Les crédits font les dépôts et non l’inverse.

Retenons donc que si le système bancaire accorde un jour 40 milliards de crédit à des agents économiques réels, c’est une naissance de monnaie additionnelle de 40 milliards. Autrement dit, ce sont 40 milliards de monnaie qui entrent sur le marché.

Cette monnaie résultant du crédit est souvent accusée d’être inflationniste.

A contrario, les prêts qu’une banque accorde à un agent financier, bancaire ou non bancaire, ne sont pas considérés comme argent sur le marché, au sens de monnaie.

Deuxième source de création monétaire : la cession des devises-monnaies étrangères – au système bancaire et financier national

L’argent naît d’une autre source (comme le lait jaillit de la mamelle d’une chamelle) lorsqu’une personne ou une institution voudrait acquérir de la monnaie d’un pays contre une devise : monnaie d’un autre pays. Donc, les cessions de devises contre ouguiya, par exemple, sont à la base de quantités additionnelles  de monnaie. Il va sans dire que les exportations dont le produit est rapatrié, augmentent la monnaie, les emprunts, les transferts des expatriés de France, d’Angola, des Emirats arabe ou de tout autre pays, viennent s’ajouter aux quantités de monnaie  provenant du crédit.

Retenons que lorsque 20 millions d’euros sont cédés contre ouguiya, il y a naissance 80 milliards d’ouguiyas, environ, qui entrent sur le marché mauritanien et qui vont se mettre à circuler, se reposer et dormir. Nous examinerons cette vie de la monnaie, après sa naissance, plus tard.

Soit une masse d’argent sur le marché qui s’élève à 48 milliards si on prend en compte ces deux exemples.

Cette source de monnaie, est appréciée par les économistes et les États et considérée moins inflationniste. C’est vrai, mais en économie tout est relatif.

Troisième source de création monétaire : Les avances de la Banque centrale au Trésor public, la  «planche à billets »

Une troisième source de création monétaire réside dans le cas où la Banque Centrale accorde une facilité à l’Etat par le biais du compte du Trésor public et effectue des dépenses au profit des agents économiques, salariés, fournisseurs : c’est ce qu’on appelle l’argent provenant de la « planche à billets ». C’est de l’argent qui entre sur le marché. Une source considérée comme dangereuse, irresponsable et inflationniste. C’est généralement vrai. Mais en économie tout est relatif.

Retenons donc que si l’Etat fait appel, à travers le Trésor, à un emprunt de 12 milliards pour payer les salaires des fonctionnaires, c’est une nouvelle quantité, une masse d’argent qui vient s’ajouter aux précédentes et les flux monétaires entrant se hisseront à un niveau de 60 milliards.

Pour comprendre comment l’argent meurt -que Dieu vous donne longue et riche vie, chers lecteurs – il vous suffit de faire le raisonnement à l’envers.

Nous vous laissons le soin de procéder à cet exercice en attendant notre prochaine intervention.