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II – Formes de monnaie selon ses sources de création

II

Formes de monnaie selon ses sources de création

Dans la dernière publication, nous avons examiné les mécanismes et les sources de création monétaire pour vous permettre de cerner les notions «de rareté et d’abondance» de « l’argent » et  de comprendre comment se ‘’forme’’ la liquidité sur les marchés.

Nous avions dit que la première source de création monétaire, dans les pays normaux, en dehors des périodes de guerre, est le crédit accordé par les banques commerciales (qu’on appelle aussi « banques primaires », «banques de second rang» ou «banques de dépôt»), aux agents économiques, autrement dit à l’économie réelle de leur pays.

C’est la principale raison d’être de cette catégorie de banques. Pour assurer la  fonction de ‘’création monétaire ‘’ et de son corollaire, la circulation fiduciaire, l’Etat leur délègue une partie de  son pouvoir régalien de créer la monnaie. C’est ce que les uns et les autres semblent avoir oublié depuis un certain temps ou n’ont  pas compris dès le départ.

Comprenez que, normalement, au regard de l’Economie et du Droit, il n’est, ici, en Mauritanie, et il ne peut y avoir de Banque que mauritanienne. Toute  banque exerçant son activité sur notre territoire, qu’elle soit nationale ou étrangère, a le de Devoir, l’Obligation de financer note Economie.

Cette obligation qui s’impose  aux Banques commerciales  de financer l’économie mauritanienne est la contrepartie naturelle de leur raison d’être, de leur droit à exister en disposant d’un pouvoir de création monétaire. Le crédit bancaire est donc un quasi service public.

Cette assertion  est légitimée et justifiée par les  faits suivants :

  • ce financement s’effectue grâce au pouvoir de création de la monnaie de la Mauritanie qui lui est subdéléguée par l’Etat mauritanien. Ce ne sont ni les fonds  propres ni les dépôts qui permettent les crédits qu’elles accordent en ouguiyas ;
  • ce financement par le crédit lui ouvre  un droit à  rémunération, des revenus financiers, (frais, intérêt  agios, etc. …) ;
  • ces profits bancaires sont ponctionnés sur la production de la richesse en Mauritanie. Les banques ne créent aucune richesse. Elles sont, de ce point de vue, un fardeau sur l’économie réelle ;
  • en augmentant la masse monétaire en circulation, les crédits qu’elles octroient et qui génèrent, par ailleurs, des profits bancaires, impactent négativement le pouvoir d’achat des actifs monétaires  détenus par les agents économiques mauritaniens, consommateurs et entreprises.

Nous développerons plus tard, dans un autre essai à paraître, cette question des banques agréées en  Mauritanie: leur légalité, leur légitimité, leurs devoirs, les abus qu’elles commettent et les réformes nécessaires auxquelles il faudrait  les soumettre.

Forme et nature  de la ‘’monnaie- contrepartie’’ du crédit bancaire

Cette ‘’monnaie-  contrepartie du crédit ‘’, c’est-à-dire provenant du crédit bancaire  – pour parler simple- est inscrite par les banques sur les comptes des agents économiques particuliers et des comptes des entreprises ouverts dans leurs livres. Cette monnaie est appelée monnaie scripturale (le mot scriptural vient  du latin «scriptura»: écriture).

Les montants inscrits au crédit de ces comptes font partie de la monnaie parce que, comme tout actif monétaire, ils constituent  à la fois une créance et une dette. Cela veut dire qu’ils sont inscrits à l’actif d’un agent économique du secteur réel qui s’en sert pour effectuer les paiements sur des marchés ou  pour éteindre les dettes, etc. Ainsi ils représentent une créance!

Créance sur qui, me diriez-vous ?

Réponse : créance sur la banque qui les créés, qui a émis en quelque sorte cette masse de monnaie, qui l’a enregistrée au crédit du compte du bénéficiaire du crédit lequel peut s’en servir pour sa transaction sur le marché avec d’autres agents.

Elle est inscrite au passif d’une banque qui a accordé le crédit. Elle est à cet égard  une dette bancaire.

Comment identifier facilement un actif monétaire ? Quels sont les critères qui peuvent .nous permettre  de distinguer un actif monétaire d’un actif non monétaire ?

Une règle simple, immuable, à retenir et que peu de gens connaissent.

Tout « bien monétaire » inscrit au crédit d’un compte ou disponible sous forme de billets ou de pièces est un actif financier. Tout actif financier représente à la fois   une créance et une dette ; on dit qu’il est une créance-dette..

Cet actif financier sera de nature monétaire à la double condition : d’être au passif d’une banque et d’être en possession d’un agent économique du secteur réel. En effet, la monnaie est toujours au passif d’une banque et à l’actif d’un agent économique des secteurs réels.

En Mauritanie, il est difficile de distinguer l’agent financier de l’agent  de ‘’l’économie réelle’’, mais cela ne change rien à la règle universelle. Nous avons examiné cette dangereuse hybridité de la plupart des banquiers mauritaniens. (voir, à la fin de cet ouvrage, notre publication relative à la nécessaire séparation des  secteurs  réels et du secteur financier et bancaire).

La seconde raison ou source de création de monnaie, à l’origine de flux monétaires est l’entrée de devises sur le marché des changes d’un pays, entrée qui représente les moyens de paiement étrangers ( devises ) et qui s’est effectuée en contrepartie d’une quantité ‘’équivalente’’ de monnaie que définit un cours de change, déterminé, (un prix).

Modalités de création  et formes de la monnaie provenant des devises

Cette monnaie créée en contrepartie d’une entrée de devises, peut découler d’un change effectué au guichet de la Banque Centrale, d’une Banque commerciale, d’un Bureau de change…

Si le change est effectué au guichet de la Banque Centrale, la monnaie créée prendra la forme de billets de banque, appelée monnaie fiduciaire (fiduciaire signifie basée sur la confiance (fiducia en latin).

Les billets de banque émis par la Banque Centrale sortis des caisses, du guichet, en contrepartie d’une opération de change de devises deviennent monnaie, alors qu’ils ne l’étaient pas. Auparavant, ils étaient simplement des billets de banque, du papier imprimé, et non une monnaie.

C’est l’occasion, pour nous, ici, de rappeler une autre regèle universelle, simple à retenir et que beaucoup de gens ignorent : l’encaisse bancaire n’est pas de la monnaie. Toutes les  «  liasses d’argent » que vous apercevez dans les caisses des banques ne sont pas de la monnaie.

Appliquez ici la première règle, énoncée plus haut,  dont l’application vous  aide à  distinguer entre ce qui est monétaire de ce qui ne l’est pas.

Faisons la démonstration à travers un exemple simple. Une personne physique se présente dans sa banque pour déposer 2 millions d’ouguiyas sur son compte personnel. Ces 2 millions sont en  monnaie fiduciaire : à l’actif du détenteur  et au passif de la Banque Centrale, parce que émis par elle. La banque de dépôt crédite son compte de 2 millions qu’il vient de lui verser et lui remet un reçu.

Il résulte de cette opération un double fait :

  • une monnaie scripturale, est inscrite sous forme de crédit en compte de 2 millions qu’il peut mobiliser par chèque, virement ou tout autre véhicule de monnaie scripturale, pour effectuer des paiements ou éteindre des dettes.
  • la présence de 2 millions d’espèces supplémentaires dans les caisses de la banque !

Si nous considérons les 2 millions d’encaisse bancaire comme monnaie et les 2 millions déposés sur le compte, comme monnaie, on aura à partir de 2 millions, initialement en monnaie fiduciaire, 4 millions dont 2 en monnaie scripturale et 2 sous forme de ‘’monnaie fiduciaire’’: encaisse de la banque. Vous voyez que c’est absurde !

Il faut donc choisir: soit l’encaisse bancaire est monnaie, soit le crédit sur le compte est monnaie !

Et en appliquant la règle, plus-haut énoncée, je suis persuadé que vous pointerez du doigt les 2 millions au crédit du compte comme monnaie : 2 millions de monnaie scripturale parce que cette monnaie scripturale est inscrite au passif d’une banque et à l’actif d’un agent économique non financier et permet les paiements.

Et que dire de l’encaisse en billets de banque, les 2 millions, encore visibles, derrière les vitres du guichetier de la banque ?

Nous répondrons qu’ils sont une encaisse bancaire, des billets de banque qui vont être utilisés dans les transactions monétaires et interbancaires, avec la banque centrale,…. ou se ‘’ métamorphoser’’ plus tard en monnaie fiduciaire. »

Je m’explique !

Les billets de banque encaissés par les banques peuvent être  déposés par elles sur leurs comptes à la Banque Centrale contre crédit à leur compte chez celle-ci et ces montants ainsi inscrits serviront :

  •  soit aux retraits ultérieurs de la banque déposante chez ‘’sa banque’’ : « la banque des banque », à savoir, la Banque Centrale.
  • soit servir à honorer les engagements envers les banques nationales (chambre de compensation), étrangères ou le Trésor public…. ou bloqués dans un compte comme réserves « obligatoires» ou ‘’volontaires’’.

L’encaisse bancaire en monnaie fiduciaire et les avoirs bancaires à la Banque  Centrale permettent donc aux banques de faire face à la demande de leurs clients en monnaie fiduciaire et à  leurs  transactions avec le système financier.

C’est ce que les ‘’économistes- banquiers’’ appellent les « fuites » qui, seules, limitent leur pouvoir de création monétaire. C’est de l’argent qui « fuit » la banque vers  le système bancaire, l’Etranger ou vers le Trésor public, ou encore vers la circulation fiduciaire (retraits du public). Nous avons déjà vu la relation entre ces fuites et les quantités d’argent circulant sur le marché, la liquidité et ‘’ l’illiquidité’’.

A l’occasion de l’opération de change, (nous y sommes toujours -malgré nos multiples digressions-), la Banque Centrale, pour sa création de nouvelle monnaie peut, pour l’appoint, choisir la forme métallique et divisionnaire, ce sont les pièces métalliques

Le change auprès de la Banque Centrale ne peut, normalement, donner lieu à l’augmentation de la ‘’masse de monnaie scripturale’’ car la banque centrale n’a ‘’ rien’’ sur quoi elle peut écrire, inscrire, cette monnaie, ne détenant pas des comptes d’agents économiques du secteur réel : comptes au nom des entreprises ou des particuliers.

La Banque Centrale n’ouvre des comptes dans ses livres qu’au nom des seules Banques agrées,  d’où son appellation de « Banque des banques ». Les sommes (nous l’avons déjà dit) inscrites au crédit des banques commerciales ou des autres institutions financières à la Banque Centrale n’ont pas une  nature ou une qualité monétaire. Elles ne sont pas monnaie.

Cela peut paraître bizarre et insensée pour de nombreuses personnes et même pour des spécialistes qui croient que ces millions ou milliards d’ouguiya déposés par la banque X auprès de la Banque centrale ne sont pas de la monnaie. Oui, nous le disons et le répétons, ils ne sont pas monnaie !

Appliquons la règle universelle qui nous permet, chaque fois, de déterminer si un actif financier a un caractère monétaire :

  • le premier critère: est-il inscrit au passif d’une Banque ? Oui, il est inscrit au passif de la Banque Centrale ;
  • mais le deuxième critère n’est pas rempli : la détention des dits actifs par un agent économique et leur circulation sur le marché de biens et services. Les banques étant des institutions financières qui n’opèrent pas sur les marchés des biens et services et les actifs qu’ils ont à la Banque centrale ne circulent pas sur les marchés des biens et services et ne peuvent donc servir à effectuer des paiements sur ces marchés.

Cette « encaisse à la Banque Centrale », comment l’analyser, elle aussi?

Nous dirons que c’est de la ‘’monnaie interbancaire,’’ c’est de «la monnaie banque centrale ou monnaie centrale », c’est un instrument de « mesure ou de poids », une unité de compte mais qui ne remplit pas la première et principale fonction de la monnaie, à savoir permettre les transactions et paiements sur les marchés des biens et services et éteindre les dettes..

Il semblerait que des « Projets et autres opérateurs’’ relevant des secteurs réels et non financiers ont, depuis un certain temps, des comptes à la Banque Centrale de Mauritanie, ce qui fausserait cette règle universelle. Mais si, tel était le cas, ce serait une autre manifestation d’hybridité et de malformation spécifique à notre système bancaire.

En un mot !

Le change de devises auprès des banques de dépôt peut donner lieu à la création de monnaie sous toutes ses formes :

  • monnaie fiduciaire, si celui qui cède les devises désire obtenir des billets de banque, l’encaisse sortie, en contrepartie du change, redevient monnaie fiduciaire. Dans ce cas, nous avons affaire à la ’’métamorphose‘’ explicitée plus haut!
  • monnaie divisionnaire, pour l’appoint,
  • monnaie scripturale, si la contrepartie des devises cédées est déposée sur un compte bancaire.

Le change de devises auprès des bureaux de changes dont j’ignore le statut juridique en Mauritanie

  • s’ils sont des institutions financières, au regard de la loi, le change de devises à leur guichet donne lieu à une création monétaire qui ne peut prendre que les formes de: monnaie fiduciaire, billets de banque, ou monnaie divisionnaire et jamais celle de monnaie scripturale, les bureaux de change n’étant pas autorisés à ouvrir des comptes pour le public pour pouvoir gérer de la monnaie scripturale.
  • Si les bureaux de change n’ont pas le statut d’institution financière, cela veut dire que le change est fait entre agents économiques non financiers et non bancaires et un tel change n’a aucun impact sur la monnaie nationale tout comme, d’ailleurs, le change qui est en réalité ‘’échange’sur les marchés parallèles. Le volume, dans ces deux cas, de la monnaie et sa circulation restent inchangés, sauf si les billets de banque mauritaniens quittent le territoire national.

Thésaurisés en dehors du territoire national et ne circulant pas sur notre marché, ils diminuent le volume et la vitesse de circulation de la monnaie dans la pratique mais non en théorie, parce que les statistiques sont sensées les ignorer.