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III – Comment la monnaie est détruite

III

Comment la monnaie est détruite

Il est temps de nous intéresser au phénomène inverse et opposé à la création monétaire, après avoir su comment la monnaie est fécondée et repéré les lieux de sa naissance et les formes, revêtements – ou habits – qu’elle prend ou revêt et ce en sachant qu’elle va, dès sa création, emprunter toujours une direction unique: les marchés des biens et services, afin de  faciliter les transactions entre agents économiques au sein d’une économie donnée.

C’est donc un flux de monnaie qui entre sur les marchés. Flux d’entrée qui augmente ce qu’on appelle la masse monétaire.

Les mouvements en direction inverse sont représentés par une série d’actes de destruction de la monnaie antérieurement créée, par une série de ‘’ morts’’ de quantités de monnaie.

Nous avions, dans un article précédent, parlé du « décès » de la monnaie au terme d’une vie plus ou moins longue au cours de laquelle elle aura circulé en passant de main à main, tantôt comme intermédiaire dans  les transactions, tantôt pour l’extinction une dette.

Elle (la monnaie) peut, aussi, prendre des pauses lorsque son détenteur la garde comme encaisse provisoire, dans « sa poche » ou sur un compte bancaire en attendant un paiement imminent.

La monnaie peut aussi :

  • faire « l’objet de location », c’est-à-dire, être logée dans un compte d’épargne rémunéré, mais ‘’convertible’’, à la demande, en monnaie active de paiement ;
  • se reposer oisivement et dormir, à ’’l’état de thésaurisation’’, conservée sous un matelas ou dans un coffre fort pendant un temps plus ou moins long par son détenteur qui n’envisage que de la ‘’cacher’’ à lui-même et à la circulation, loin des banques et des circuits économiques.

On dit, dans ce cas, que cette quantité de monnaie est thésaurisée et stérilisée.

La destruction de la monnaie

La destruction de la monnaie se fait à l’endroit ou elle est née. Son lieu de naissance est également celui de sa tombe.

Pour ‘’mourir’’, la monnaie créée par les banques commerciales, se dirige vers la banque qui l’avait enfantée.

La monnaie créée par la Banque Centrale au profit du Trésor revient, pour mourir, à la Banque Centrale où elle est née.

Vous avez compris, rien que par votre bon sens et la déduction logique que, si l’octroi de nouveaux crédits bancaires donne naissance à une quantité identique de monnaie, son remboursement détruit la monnaie à concurrence du montant des sommes remboursées.

Le crédit ne donne lieu qu’à une création provisoire de monnaie.

Première occasion de destruction de la monnaie

Le remboursement du crédit donne lieu à une destruction définitive de monnaie.

Vous savez que les montants en espèces (monnaie fiduciaire ou métallique) que le débiteur de la banque verse aux guichets de celle-ci pour rembourser un crédit contracté par le passé ne seront pas versés sur son compte – comme dans le cas des versements ordinaires- pour se convertir en monnaie scripturale, mais qu’ils seront encaissés par la banque pour son propre compte et viendront diminuer les actifs de la banque(prêts)et diminuer les dettes de son client. Or, ‘’l’argent’’ détenu par la banque-nous l’avons déjà vu – n’est pas monnaie ; c’est une encaisse bancaire et non une monnaie.

Il en va de même si le remboursement par l’emprunteur s’effectue par le débit du compte en banque. Dans ce cas, il y aura destruction de monnaie scripturale.

Si les lieux de la naissance et de la ‘’mort’’ de la monnaie se confondent, les acteurs responsables de sa création et de sa ‘’mort’’ ne sont pas les mêmes ; en ce sens que, pour le rôle actif et l’initiative, dans l’octroi du crédit, appartiennent à la banque alors que le remboursement, dans la plupart des cas, émane de la volonté du client qui s’était endetté auprès d’elle.

Continuons  notre effort de vulgarisation de la Finance orthodoxe, loin des ‘’ inventions de certaines banques consistant à créer ex nihilo des actifs fictifs.

En un mot, le remboursement du crédit tue, détruit la monnaie et diminue, par conséquent, la masse monétaire en circulation.

De la même façon que la création monétaire par les banques, par le biais du crédit, constitue la principale source de création monétaire, de même le remboursement du crédit est normalement la principale source de ‘’disparition’’, de destruction de monnaie, par le ‘’biais ‘’de la sortie de monnaie équivalente du circuit économique.

Deuxième occasion de destruction de la monnaie

La deuxième occasion de destruction de la monnaie réside dans l’acquisition de monnaie étrangère, devises, par les résidents d’un pays en contrepartie -disons, pour simplifier, – en « échange‘’, d’une quantité de monnaie locale.

Ainsi, si les produits, en devises, des exportations cédés aux banques mauritaniennes, par exemple, engendrent une création de monnaie, les importations par l’acquisition de devises auprès des banques, constituent, au contraire, une destruction de monnaie.

Si les emprunts et dons reçus de l’Extérieur provoquent une création additionnelle de monnaie dans un pays, les prêts et dons que ce pays accorde au profit de l’Étranger, diminuent, au contraire, la masse monétaire, car il y a destruction de monnaie à l’occasion d’une double sortie : sortie de monnaie du circuit économique et ‘’sortie’’ de devises vers l’Etranger.

Les remboursements par l’Etat  ou par les banques de leurs emprunts extérieurs, s’ils sont effectués par débit de leurs comptes à la Banque centrale, n’ont qu’un effet indirect sur la quantité de monnaie, A contrario, le remboursement par un agent économique de sa dette, par le débit de compte ouvert dans une  banque mauritanienne, va participer de la destruction de monnaie pour un montant équivalent au montant remboursé.

Le voyageur apportant de l’étranger  des devises dans son portefeuille qu’il cède aux banques provoque une création de monnaie.

Le voyageur se rendant à l’étranger et ‘’cédant ‘’ des ouguiyas aux banques contre des devises, contribue à la destruction de monnaie. La monnaie fiduciaire ou scripturale encaissée par la banque à cette occasion est retirée du circuit économique réel.

Les chemins, les routes, empruntés par la création et la destruction de monnaie sont donc les mêmes.

C’est, seulement, le sens que la monnaie prend qui détermine s’il y a augmentation ou diminution de monnaie, création ou destruction, naissance ou décès.

Troisième et dernière occasion de destruction de la monnaie

Enfin, l’Etat, en remboursant à la banque centrale les avances obtenues antérieurement, détruit de la monnaie si les sommes ayant permis à l’Etat cette capacité de remboursement proviennent d’une ponction, d’un prélèvement de monnaie du  circuit économique, par l’impôt et autres taxes, par exemple.

Les sommes provenant de l’impôt et autres recettes de l’Etat, si elles sont déposées par le Trésor Public sur son compte à la Banque Centrale, représentent une destruction de monnaie.

À l’inverse et, comme nous l’avons déjà vu, les dépenses de l’Etat qui sont financées par un ‘’prélèvement’’ sur les avoirs du Trésor à la banque centrale ou qui proviennent des « tirages » sur la « planche à billet », pour financer les dépenses de fonctionnement ou d’investissement de l’Etat, « donnent lieu à une injection de monnaie nouvelle dans le circuit économique.

Au total,

Les sommes de monnaie sont créées à l’occasion : de l’octroi du crédit par les banques ; d’entrée des devises, cédées au système bancaire mauritanien  et  du crédit de la banque centrale à l’Etat à travers le compte de celui-ci chez elle, constituent les Flux monétaires entrants.

Les sommes de monnaie qui  sont détruites à l’occasion du remboursement des crédits aux banques ; des sorties de devises à partir du système bancaire ; du remboursement des avances de la Banque centrale au Trésor public, grâce à l’impôt et autres recettes de l’Etat, représentent les Flux monétaires sortants.

La différence entre les deux flux de monnaie entrants et sortants nous donne la quantité de monnaie qui vient augmenter ou diminuer le stock préexistant  sur le marché ou  quantité d’argent à la disposition des agents économiques réels pour les transactions ou encore  Masse monétaire

Soit, Masse monétaire = flux monétaires entrants – flux monétaires sortants.