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IV – Masse monétaire et croissance économique

IV

Masse monétaire et croissance économique

Le troisième article de la série que nous sommes en train de publier pour éclairer,  d’un coup de phare, nos compatriotes sur les questions économiques et financières, d’intérêt général et quotidien, vous a démontré que le montant de la masse monétaire s’obtient  par la soustraction de la somme des flux monétaires quittant les lieux de transactions entre agents économiques non bancaires (c’est-à-dire les marchés ) des flux   monétaires cumulés y pénétrant.

C’est donc un solde arrêté à une date donnée. C’est un stock. Un stock de monnaie.

La masse monétaire est constituée  d’une quantité de monnaie en circulation à un instant donné. Cette masse n’est pas inerte. Le mot « masse » ne me plaît d’ailleurs pas, mais je n’y peux rien dans la mesure où les Banques Centrales du monde.

Cette masse monétaire bouge, parce que  ses constituants sont en perpétuel mouvement. Ils permutent, ils ‘’nomadisent’’,’’se cachent ‘’. Ils ‘’ accueillent ‘’ aussi de nouveaux venus enfantés par la création monétaire pour un séjour plus ou moins long  dans le monde d’ici-bas  et saluent le ‘’départ d’autres vers l’Au-delà’’  du fait des divers destructeurs de monnaie. C’est ce que nous avons examiné dans les  éditions précédentes.

Nous éviterons ici, autant que faire ce peut, le langage savant; notre but étant de mettre  cette science à la portée du grand public qui nous lira. Toutefois, s’agissant d’une science, on ne peut continuer notre raisonnement  sans nous arrêter sur les «  termes  normalisés et employés par  l’Economie monétaire et les Banques Centrales.»

Les statisticiens et économistes de la monnaie distinguent, en les numérotant, ’’plusieurs‘’ masses monétaires  selon la catégorie des comptes où ils sont comptabilisés.

Nous les énumérerons, ici, rapidement, car ils recèlent des nuances, sont souvent l’objet de querelles de spécialistes et ne contribuent pas beaucoup à la compréhension de l’essence  des phénomènes qui intéressent les spécialistes et le grand public.

Les différentes masses «monétaires»

Masse monétaire 0, dite M0 = billets et pièces en circulation émis par la Banque Centrale + dépôts bancaires chez la banque des banques + Avoirs du Trésor à l’Institut d’émission, (cette dernière appellation est synonyme de Banque Centrale). Cette masse est appelée Base monétaire  ou Monnaie  Centrale.

A ne pas confondre avec la monnaie (voir les articles précédents)

Masse monétaire 1 dite M1 = billets de banque + pièces métalliques + dépôts à vue du public chez les banques commerciales, les banques de dépôt, les banque primaires ou les banques universelles  (les 4 appellations sont synonymes).

Cet agrégat  M1 est le plus restreint, le « plus monétaire » de tous.

M2 = M1 + Dépôts à terme inférieurs ou égaux à 2 ans, auprès des banques + Comptes d’épargne sur livret

M3 = M2 + les effets négociables sur le marché monétaire, effets émis par les Institutions Financières monétaires liquidables facilement sans risque pour le capital

Il était nécessaire de vous présenter la masse monétaire et les classifications faites par les spécialistes et les banques centrales qui s’intéressent à cet agrégat et le surveillent.

Ces agrégats sont régulièrement calculés par les services de statistiques monétaires des banques centrales. Seules les Banques Centrales ont les moyens de faire ce travail parce qu’elles centralisent l’information monétaire. Ainsi, elles font l’état de lieux et observent l’évolution du stock de monnaie en possession des agents économiques non monétaires. Ce gisement de « matières premières » permet de produire une politique monétaire adéquate,  si les esprits bien structurés de spécialistes sont là pour le faire.

Corrélation entre le taux de croissance du PIB et le taux de croissance monétaire: une règle immuable.

Normalement, et en toute logique, l’évolution de la masse monétaire doit suivre celle de l’économie réelle. Elle est son ombre, son reflet!…

Les chiffres de la masse monétaire doivent augmenter  si l’économie croît, si son taux de croissance est positif! Avec l’inflation, il doit même aller plus vite que le taux de croissance du PIB.

Si l’économie d’un pays normal  croît cela implique une augmentation de la production qui, en général, engendre une progression des revenus, de l’emploi, de la monnaie et même de l’épargne.

Si l’économie d’un pays normal  ‘’décroît‘’ sur une période, cela implique  une diminution de la production durant l’intervalle de référence, ce qui engendre, en  général, une baisse de revenus, un accroissement du chômage et une contraction de la monnaie et même de l’épargne.

Quoi qu’il en soit et quelque soit le sens de la dérive (progression trop forte ou contraction excessive), les autorités d’un pays et, en particulier, le système bancaire et monétaire, ne peuvent y être indifférents.

Dès lors que la quantité de monnaie disponible sur un marché se trouve sans rapport avec la demande de monnaie correspondant aux besoins instantanés des agents économiques, l’Etat doit intervenir en agissant sur les leviers de la politique monétaire.

Actuellement, en Mauritanie, nous semblons connaître un paradoxe selon les informations contradictoires et approximatives qui me parviennent.

Nos statisticiens qui suivent nos comptes nationaux et leurs partenaires internationaux  nous déclarent constamment, et ce depuis plusieurs années, des  taux de croissance régulièrement positifs, signes d’une économie en pleine expansion.

Les ménagères aux paniers vides, les chefs d’entreprises, grandes petites et moyennes, les artisans, les commerçants, les observateurs, gémissent,  pour leur part,  et crient même à la rareté, à la pénurie de la monnaie.

«Il n y a pas d’argent », « on n’a jamais vu cela de mémoire de consommateurs ou d’entrepreneurs» ! Une unanimité sans précédent ! Un consensus des mauritaniens!

Alors qui croire ?

Je peux témoigner d’une chose: il y a unanimité de la part des uns et des autres.

Je peux certifier une autre chose : il y a incompatibilité. Ou bien l’information, affichée officiellement concernant le taux de croissance, est exacte ; dans ce cas, l’information criée sous tous les toits, officieusement, concernant le manque d’argent, c’est-à-dire de monnaie, serait fausse.

Ou bien, l’information nous parvenant sur le taux de croissance est erronée, dans ce cas, cela corrobore les propos de ceux qui se plaignent de la triple sécheresse des pâturages, des caisses et des poches et qui crient à l’absence de liquidité dans le pays. Pour approfondir ce cas de figure, il faudrait aller sur des pistes politiques et politiciennes et là, vous ferez ici des découvertes… sans moi.

Il faut, enfin, observer, à la décharge des uns et  des autres, que, dans le cas où règne une économie souterraine, tout peut être faussé.

Quant il y a trop de thésaurisation, de corruption, d’argent sale, les règles énoncées par les sciences économiques ne s’appliquent plus, y compris celle de la corrélation entre le taux de croissance économique et le taux de la croissance de la masse monétaire et de la liquidité. Les statistiques ne peuvent que se taire ou mentir.