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V – Les opérations commerciales et financières d’un pays avec le reste du monde

V

Les opérations commerciales et financières d’un pays avec le reste du monde, à moins de s’équilibrer spontanément et par hasard, impactent la quantité de monnaie dans les circuits de l’économie nationale

Nous aurions pu choisir, dans un langage savant, comme titre « les balances commerciale, courante et des paiements et la masse monétaire », si nous nous adressions exclusivement à un public académique.

Nous aurions pu, aussi, choisir : « Déficit de la balance des paiements et contraction de la masse monétaire, l’excédent des comptes avec l’extérieur et l’expansion de la masse monétaire », si cette  série d’articles  s’adressait aux  décideurs des  politiques économiques, financières et monétaires ou à ceux qui les contestent et proposent des alternances et des alternatives.

Non, malheureusement, ce n’est ni à l’un ni à l’autre de ces deux mondes que nous nous adressons. Non !!!.

Comme je l’ai dit, dans le premier article, l’inculture, l’ignorance nous menacent d’extinction, de disparition. Elles menacent notre économie, c’est à dire nos richesses naturelles et humaines et  de notre civilisation. Elles menacent de disparition ce qui reste de notre monnaie, de la volonté et de la capacité de financer les ambitions et projets des  citoyens entreprenants et promoteurs de ce pays.

Notre but est  d’éclairer tout le monde sur une énigme, une problématique qui intéresse et préoccupe  tout le monde  et que tout le monde  semble ne  pas  comprendre ou, pour le moins,  mal comprendre.

Nous avons choisi, pour cette première série, le thème de la « rareté de l’argent » parce qu’il est, présentement, dans toutes les bouches mauritaniennes, toutes asséchées  et ébahies

Ce n’est donc pas un cours d’université que nous dispensons. C’est encore moins un discours politique ou un cours de politique économique.

Passons et continuons notre développement à propos du titre, objet du présent papier.

« L’argent ne se ‘’consomme’’ pas deux fois », nous enseigne l’adage de Oulad Hassan.

S’agissant de monnaie, ce qui est valable pour les individus l’est aussi pour les nations et les pays.

La ménagère qui sort le montant  de 2.000 ouguiyas de son porte monnaie, total de son encaisse monétaire,  pour « le troquer « contre  1 kg de viande qu’elle range dans son  panier, ne peut plus espérer retrouver la dite somme pour acheter des légumes ou du riz ; elle se contentera de ‘’consommer ‘ le kg de viande ; elle aura consommé pour un seul usage et en une fois les 2.000 UM dont elle disposait.

Ces 2.000 UM sont dorénavant entre les mains du boucher qui en remettra une partie, s’il a vendu avec bénéfice toute sa viande, au vendeur de bétail. Ce dernier remettra, à son tour, une partie de ce montant à l’éleveur. La ménagère, le boucher et le marchand de bétail résidant tous en  Mauritanie, les 2.000 continueront  à circuler dans ce pays tout en changeant de main et en  se ‘’divisant’’, mais sans diminuer  ou augmenter la quantité de monnaie qui circule entre les agents économiques sur le marché mauritanien.

Cette sédentarité de la monnaie n’est pas systématique. « Tous les chemins de la monnaie ne mènent pas à Rome », c’est-à-dire au marché mauritanien. Ils peuvent aussi mener parfois et, de plus en plus, à Dubai, Changhai, Singapour ou Hambourg …

L’importateur mauritanien de  lait allemand en poudre ou pasteurisé, par exemple, qui passe une commande de 20.000.000 UM auprès de son fournisseur européen se doit, pour pouvoir le payer et espérer recevoir la marchandise dans les ports mauritaniens, d’en acquérir la contrevaleur en euro auprès du système bancaire, soit un  plus de 50.000 euros environ. Cette acquisition de devises aura ainsi  provoqué  une destruction de quelque 20.000.000 d’ouguiyas et une diminution équivalente de la monnaie en circulation dans le pays. Elle représentera une ‘’ponction’’, un ‘’prélèvement’’ sur la masse monétaire (nous savons désormais cela grâce aux articles antérieurs).

L’importateur aura, par cet acte commercial, dit adieu aux 20.000.000  d’UM qu’il ne reverra plus. « L’argent ne se mange pas deux fois ! ». Soit son compte à la banque a été débité de cette monnaie scripturale, soit il a apporté  à la banque  des espèces. Dans ce dernier cas, son compte caisse a été crédité de la quantité de monnaie fiduciaire sortie, s’il tient une comptabilité.

Plus encore, il y a débit du  compte de son banquier intermédiaire d’un montant équivalent de monnaie centrale et le processus sera bouclé par la diminution des avoirs de la Banque Centrale chez la Banque allemande d’un montant de 50 000 euros environ qui iront loger dans le compte du fabriquant de lait allemand.

La Mauritanie ne ‘’verra’’ plus ce dernier  montant. « L’argent ne se mange pas deux fois. »

En revanche, la Mauritanie  se résignera  à ‘’boire’’ du lait allemand.

Notre importateur mauritanien, au plan économique et financier, en plus de sa destruction de 20.000.000 de la masse de notre monnaie nationale en circulation et de 50 000 euros de nos avoirs extérieurs, aura eu ‘’le mérite’’ de fournir du travail aux éleveurs de vaches allemandes, de la valeur ajoutée aux entreprises allemandes, des revenus aux patrons allemands… et de concurrencer notre production nationale de lait.

Si son lait n’est pas vendu parce que les consommateurs nationaux « n’ont pas d’argent », parce que « l’argent est introuvable », que la « masse monétaire  s’est réduite », qu’il sache au moins, que, lui, il vient d’y contribuer à hauteur de 20 millions, autrement dit qu’il vient ‘’d’égorger‘’  20.000.000 de nos ouguiyas  au profit de l’économie allemande, nourrissant allemands, vaches allemandes et éleveurs allemands…

Vous avez deviné qu’on n’aurait pas provoqué la destruction de tant de substance économique nationale, ni de moyens de paiement et de pouvoir d’achat nationaux, reflets de cette substance, et de devises ; qu’on aurait même créé richesse, revenus et emplois si les 20 millions de notre importateur avaient été orientés vers le circuit inventé par cette dame, d’origine européenne – et qui a adopté la Mauritanie, les vaches et chamelles mauritaniennes.

J’en profite pour lui rendre hommage et exprimer ma reconnaissance à cette pionnière de notre économie, qui, après le Président Moktar  OULD DADDAH, est la personne qui aura, de mon point de vue, le plus servi notre économie nationale.

À travers l’exemple, longuement ‘’étalé’’  devant vous, vous avez certainement compris que les opérations d’importation réglées à partir des banques mauritaniennes détruisent, à concurrence des montants de leur règlement,  de la monnaie mauritanienne, minorent la masse monétaire et sont retirés à jamais de la circulation de la monnaie fiduciaire et généralement, et surtout, de la monnaie scripturale.

Il vous est maintenant facile de comprendre que les frais de transport ou d’assurance liés aux importations  et payés en devises à partir du système bancaire  mauritanien auront le même effet sur la masse monétaire conformément à la règle juridique applicable, ici, « l’accessoire suit le principal ». Ces frais diminuent la quantité de monnaie en circulation chez vous.

Toutes les  importations d’un pays au cours d’une période, en général, quelques  mois à un an, sont enregistrées par les statisticiens chargés de l’établissement de la comptabilité des opérations avec l’extérieur dans un compte qui s’appelle la balance commerciale et qui est une composante de la balance courante et de la balance des paiements.

Ces statistiques sont, en règle  générale, confiées aux Banques Centrales.

Les importations sont logées au débit de ce compte des transactions commerciales avec l’Extérieur : la balance commerciale.   Pour contrebalancer les importations, les opérations d’exportations du pays, pendant la même période, sont enregistrées au crédit de cette balance commerciale.

Pour schématiser, disons que tout ce que le pays achète à l’étranger comme matières visibles (marchandises, produits finis, matériel, équipements, etc..) impactent négativement la monnaie nationale en circulation.

Tous les services importés que les statisticiens  des opérations commerciales et financières  avec l’extérieur dénomment ‘’les invisibles’’ ont le même effet destructeur.

Les services qu’un pays exporte sont générateurs de création de monnaie nouvelle.

Ces services (tourisme, logement, transports, licence…) importés ou exportés, générateurs de  décaissement de devises ou d’encaissement de devises, de créations de monnaie ou de destruction de monnaie, sont enregistrés dans la balance des invisibles.

La différence entre  les importations de biens et services et les exportations de même nature peuvent être d’une égalité absolue, cas très théorique mais pédagogique, et le solde zéro rend l’effet neutre, anodin et inodore et incolore sur la monnaie et la masse monétaire.

La balance commerciale, cet indicateur économique, permet de mesurer, soit dit en passant, la compétitivité de l’économie d’un pays, aspect que nous ne développerons pas ici, parce que ne relevant pas de notre propos fondamentalement monétaire et bancaire.

Dans les deux autres cas  de figure possibles, excédents ou déficits, sous réserve du rythme et de la simultanéité des encaissements des exportations et des décaissements des importations, il y a impact sur la masse monétaire.

Autrement dit, le montant du déficit d’une balance commerciale, si les règlements monétaires des opérations se font en temps réel (paiement cash) va diminuer d’un montant égal la masse monétaire.

Si la valeur des exportations de biens et services excèdent la valeur des importations de biens et services, cet excédent va engendrer une contribution à l’augmentation de la masse monétaire par une création ‘’nette’’ de monnaie.

Mais ces soldes déficitaires ou excédentaires de la balance commerciale vont venir s’ajouter ou se retrancher de ceux d’une autre balance des comptes extérieurs, le solde balance courante globale.

En effet, cette dernière englobe tout. Si elle est déficitaire, c’est-à-dire, que  le pays achète à l’étranger plus qu’il n’y vend, consomme plus qu’il ne produit, ce qui signifie qu’il vit au dessus de ses moyens. Sa monnaie aura alors tendance à se déprécier (se dévaluer) par rapport aux autres monnaies du monde. Le cours de sa monnaie va donc baisser.

Le pays sera contraint alors  de s’endetter pour financer le déficit de la balance courante, de s’endetter à l’Etranger, et en devises pour équilibrer artificiellement et au niveau comptable (partie double) les comptes de la balance des paiements laquelle n’est jamais déficitaire ou excédentaire, c’est là un abus de langage.

Le remboursement de cette dette engendrera à l’échéance, c’est-à-dire à l’occasion du  remboursement de l’engagement financier externe du pays, une destruction de monnaie et entraînera diminution de cette dernière.

A l’inverse, si les comptes extérieurs sont excédentaires, la position de changes du pays s’améliorera, le cours de sa monnaie aura alors tendance à monter, et il pourra investir ses excédents  à l’étranger, faire des placements ou prêter aux pays à besoins de financement.

Dans une pareille situation, la monnaie en circulation doit augmenter du fait de la contrepartie entrée de devises venant du remboursement  du principal ou des produits financiers générés par ce principal.

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