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“Le régionalisme” pour tuer “le tribalisme”

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“Le régionalisme” pour tuer “le tribalisme”

Khalilou Diagana, || Le Quotidien de Nouakchott Mai 2016

Dans son discours du 03 mai à Néma, le président de la République a annoncé que « le gouvernement présentera au dialogue un référendum populaire visant la suppression du Sénat et la constitution de conseils régionaux pour le développement des wilayas.»

Mohamed Ould Mohamed El Hacen, économiste, professeur à l’Université de Nouakchott, fait partie de ces intellectuels sans attache politique, qui se contentent de jouer le rôle de d’émetteurs d’idées et de propositions. Ainsi, entre avril 2005 et mars 2006, le Pr El Hacen, dans un ouvrage intitulé « Idées et propositions pour mon pays », a traité, entre autres sujets, de « l’institution de conseils régionaux en Mauritanie.»

Le Pr est allé au-delà de la simple proposition. Il a traité de la mission, des moyens et du cadre de ces conseils qui évolueront sous la tutelle «d’un ministère chargé du développement régional et des collectivités locales.»

Les conseils régionaux

Ainsi, les « conseils régionaux auront pour mission de favoriser le développement économique et social à l’échelle de la région. Ils constitueront une sorte de parlements régionaux dont les membres seront plus sensibles aux problèmes nationaux. » Et « les membres de ces conseils, appartenant nécessairement à plusieurs tribus, seront au service de la région et non au service de leurs tribus.»

Ce système, selon le Pr Mohamed Ould Mohamed El Hacen, pourrait «tuer le tribalisme par le régionalisme qui est plus proche du patriotisme». Il explique : «Par son travail au service de la région (territoire), le ‘’militant’ de la tribu ou du village sera mieux préparé pour occuper des responsabilités au niveau national.»

Pour que ces ‘’parlements régionaux’’ jouent pleinement le rôle de moteur du développement, ils doivent avoir « des moyens d’action et de mouvement en toute indépendance.»

Affecter les revenus pétroliers aux budgets régionaux

Dans le contexte de l’époque (2005) ou le pétrole mauritanien commençait à être exploité, le Pr a proposé «d’affecter les revenus pétroliers aux budgets régionaux». Pour lui, «l’intégration directe des revenus pétroliers au budget de l’Etat accroît la pression sur l’Administration centrale et réduit inévitablement ses performances».

Par contre, «en prenant soin des régions, en les dotant de budgets et en y développant des projets, les habitants seront encouragés à y demeurer et à y travailler… » Autres avantages : « les populations locales auront la possibilité de suivre l’exécution des programmes dans leurs régions et d’améliorer leur niveau d’information et de vie au lieu de s’entasser à Nouakchott ou dans d’autres grandes villes du pays.»

L’attribution des fonds tirés du pétrole aux régions contribuera, selon le professeur, à la bonne gouvernance économique. Ainsi « le transfert des revenus pétroliers au développement régional peut être une garantie de saine gestion, loin de l’Administration centrale qui a acquis une solide ‘’expérience’’ dans la mauvaise gestion des biens publics. »

Pourquoi? «Le raccourcissement des circuits financiers permet un meilleur contrôle de gestion de cette ressource. Un circuit décisionnel et financier court se contrôle plus facilement qu’un circuit décisionnel et financier long.» Cette méthode de gestion permettra aussi de «restaurer le sentiment de justice dans la répartition des richesses entre les mauritaniens.»

Ministère chargé du développement régional et des collectivités locales

Le Pr propose de mettre ces conseils régionaux, sous la tutelle «d’un ministère chargé du développement régional et des collectivités locales.». Comment, ce ministère, qui représentera l’Etat, va-t-il cohabiter avec le ministère de l’Intérieur ? Réponse du Pr : «la création d’un ministère chargé du développement régional et local permettrait au ministère de l’intérieur de se consacrer aux problèmes de la sécurité intérieure.» D’ailleurs, note le Pr, «l’épithète intérieur ne veut rien dire a coté d’un ministère chargé du développement des régions et des collectivités locales…»

Le ministère de l’intérieur devient Ministère des libertés et de la sécurité

Dans l’ouvrage du Pr Mohamed Ould Mohamed El Hacen, il est proposé de créer un « ministère des libertés, de la sécurité et des télécommunications », à la place de l’actuel ministère de l’intérieur. Ainsi «la relation entre liberté et sécurité serait mieux perçue par tous.»

Le ministère chargé du développement régional aura pour rôle : «la tutelle sur les conseils régionaux et les communes. La tutelle sur les partis politiques sera donnée au ministère des libertés et de la sécurité.»

Autres rôles de ce nouveau ministère chargé du développement régional: «participation à l’élaboration des projets de développement au niveau régional, à l’étude scientifique de ces projets au contrôle des dépenses dans le cadre du programme de développement régional».

La réforme, remarque le Pr, peut sembler «contradictoire avec l’existence d’un ministère chargé des affaires économiques et du développement (MAED) qui a été remplacé par le ministère de l’économie et des finances (MEF) avec les mêmes compétences.»

Ce MAED, devenu MEF, avec la naissance d’un département chargé du développement régional, «se consacrera aux grands projets de dimension nationale portant développement des infrastructures et autres.» Et, «cette séparation rendra les choses claires avec une meilleure répartition des financements entre les projets nationaux et régionaux en facilitant le contrôle et la transparence.»

Ce thème des conseils régionaux et celui de la suppression du Sénat ont été abordés dans un ouvrage coécrit par le Pr Mohamed Ould Mohamed El Hacen et Brahim OULD ABDALLAHI, ancien directeur de la télévision nationale. Nous reviendrons sur cet ouvrage.¤

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