Home Actualités Un programme généreux, patriotique et audacieux de 240 milliards dont la conception et les modalités de mise en œuvre sont à revoir

Un programme généreux, patriotique et audacieux de 240 milliards dont la conception et les modalités de mise en œuvre sont à revoir

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 Disons d’emblée que ce programme élargi du Président de la République n’est pas le premier du genre.

Il a été précédé de deux autres : le premier programme fut lancé en janvier 2020 et visait à l’amélioration du pouvoir d’achat, à la création d’emplois et à l’accès aux services de base ; le deuxième programme multisectoriel devait permettre de faire face au choc de Covid 19 sur les populations et sur les secteurs économiques.

Ce dernier plan de plus de 240 milliards récemment annoncé par le Président de la République sera réalisé parallèlement aux deux programmes conduits sur le terrain et actuellement en cours de réalisation. Il vient donc les compléter, les appuyer et les élargir en tenant compte, de manière dynamique, de l’évolution du pays et de celle des différents secteurs économiques. Il est « global et prospectif », selon ses auteurs.

Certes, ce plan doit remplir ces divers critères et le Présidents de la République a, sans doute, exprimé au gouvernement le désir qu’il en soit ainsi. Mais il me semble que ces caractéristiques principales sont plutôt celles que nous retrouvons dans ce que nous avons pu percevoir de la personnalité de l’homme et du Président Ghazouani, de son programme :

  • Générosité à bon escient ;
  • Intérêt pour le social et pour l’humain ;
  • Patriotisme et audace dans l’affrontement des défis.

Le plan du Président de la République fait montre d’une générosité à bon escient

Ce plan comporte trois axes :

  1. Infrastructures : ? milliards, 28% environ ;
  2. Soutien au pouvoir d’achat, 82 milliards, 34% ENVIRON
  3. Valorisation de la production locale en vue de l’autosuffisance alimentaire, 11% environ
  4. Appui au secteur informel, 23 milliards, 9,5% environ
  5. Préservation de l’écosystème mauritanien, 9,6 milliards
  6. Gouvernance et mise en œuvre, 0, 6 milliards, 0,2%
  7. Divers et imprévus, ?milliards, 2%

Ces 7 axes couvrent 18 sous- axes qui constituent des paquets d’intervention.

La diversité des bénéficiaires traduit très clairement la générosité du programme qui ne limite pas le gros de la manne  à un seul secteur, comme cela se faisait systématiquement au cours de la dernière décennie.

Durant cette dernière, le montant  total aurait pu constituer une seule bouchée pour Aziz et ses chinois ou indiens, bouchée engloutie dans le cadre d’un marché de gré à gré qui recouvre un projet surdimensionné, une facture majorée, une commission exagérée et une augmentation excessive de la dette publique et de sa charge.

Dans le présent programme dit élargi, le lot n’est donc pas de 240 milliards mais seulement de 1 milliards environ si l’on répartit le montant global entre la vingtaine de sous-axes et de lots qu’il finance.

Manifestement, ce programme présidentiel n’est donc pas conçu, soit dit en passant, pour le bénéfice exclusif du Président, à moins qu’il ne vienne mendier auprès de ses subordonnés.

Le Président porte un grand intérêt pour le social sans négliger l’investissement productif

L’intérêt accordé au pouvoir d’achat et aux conditions de vie des populations constitue la première caractéristique de ce programme. Sans négliger l’investissement à travers des projets structurants auxquels sont destinés 67 milliards, soit 28% ; l’axe social et le bien- être des populations reçoit, quant à lui, 34% du montant total du plan.

D’ailleurs, le soutient au secteur privé, 23 milliards, soit 9,5%, est très apparenté au social parce qu’il profite au secteur de l’informel.

Il en va, indirectement, de même pour les infrastructures dont les retombées sociales sont directes et évidentes (construction de ponts pour la fluidité de la circulation, par exemple).

Une fois encore, la ligne de démarcation est trop nette entre le présent système de répartition et le système monopolistique et exclusiviste azizien qui ne répartissait guère et qui n’a destiné et qui n’a destiné que 2 à 8%  des ressources financières d’investissement à tous les secteurs sociaux et des ressources humaines.

Ce programme relève donc d’un esprit patriotique et audacieux qui ambitionne véritablement de relever de grands défis.

Patriotique, je l’affirme, car les fonds alloués visent à développer la production mauritanienne de dattes, de céréales et de produits maraîchers au lieu d’allouer des milliards à l’importation de produits toxiques d’Asie qui diffusent, chez nous l’humiliation, menacent notre santé et consacrent une perte de temps durable ( boutiques el melel…) tout en renflouant les avoirs en devises des chinois, des brésiliens ou de je ne sais quels autres pays dispensateurs de commissions à « nos » intermédiaires- dirigeants.

Le Président fait fi des contraintes pour atteindre les objectifs

Audacieux, l’instigateur de ce programme fait preuve, en plus des qualités énumérées plus haut, d’un grand courage politique.

En effet, cette cascade de programmes est financée sur fonds propres de l’Etat malgré les effets conjugués de la Covid 19 et de l’ sur fonds propres de l’Etat malgré les effets conjugués de la Covid 19 et de l’héritage de surendettement de la dernière décennie.

Les recettes fiscales ont diminué de 25% et les dépenses publiques ont augmenté de 12%, ce qui a engendré un déficit de 5% du PIB.

On est bien loin de l’esprit des gestionnaires des finances publiques de l’année 2015 et des années en amont et en aval.

Il importe de signaler, avant de terminer sur ce point, que le montant  total de ce plan est quasi équivalent aux échéances de dettes à échoir sur les trente mois que représente la durée du plan.

On voit ici nettement comment la surcharge de la dette léguée par la gestion de la décennie compromet le développement  et contribue à aggraver nos déficits.

On observe, enfin et a contrario, combien l’annulation de cette dette est si justifiée et salutaire pour notre pays. Son maintien est voisin du crime contre l’humanité.

Mais la conception et la mise en œuvre risquent de tout compromettre

Je ne ferai pas l’éloge de la conception de la mise en œuvre de ce plan, ne sachant prodiguer, comme je l’ai fait plus haut, que des compliments sincères fondés sur des chiffres et des comparaisons.

Ce plan n’est ni global ni prospectif comme le prétend le document du comité interministériel

Celui qui  lit attentivement le document ne peut que remarquer le risque, comme le souhaite le Président, les populations ciblées et les objectifs visés.

Quant aux dividendes politiques pour le Président, ils ne seront pas au rendez- vous. C’est très grave. Mais je vais vous dire en deux mots les raisons à cela.

Ce plan convenablement mis en œuvre sera palpable et profitera à un grand nombre de secteurs et de mauritaniens. Evidemment pas à tous, pas à 100%.

Il peut être audible grâce à ses échos.

Et ceux d’entre les mauritaniens qui n’auront pas « touché les sous ou des avantages » seraient ravis de voir que leurs frères en auront bénéficié, comme le dit l’adage qui prouve l’esprit mauritanien de solidarité.

Ce plan, son contenu, ses axes et ses sous- axes ne seront, en revanche, pas visibles comme les « grandes réalisations » de la décennie qui, eux, ne profitaient qu’à leurs promoteurs étrangers.

Ils ne seront pas visibles parce que le plan ne comporte ni mirage ni poudre aux yeux.

Et alors on continuera à dire «  on n’a rien vu depuis son investiture ».

 La deuxième cause de cet échec qui n’ qui n’a pas sa raison d’être est le déficit en communication et le manque de place donnée à la bonne gouvernance.

Les 0,2% alloués à la bonne gouvernance en disent long.

Mohamed Ould Mohamed El Hacen
Institut international  d’études et de recherche stratégiques
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