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«Qui dit réalisation, dit: «faire passer du stade de la conception à celui de la chose existante». Cette définition exclut du champ économique et financier les chantiers de l’ère azizienne»

Professeur d’économie et consultant, Dr Mohamed Ould Mohamed El Hacen est un Universitaire mauritanien qui observe l’évolution de la scène politique, sociale et économique de la Mauritanie. Auteur de plusieurs articles, il a publié à Initiatives News une “Chronique des Années Ould Abdel Aziz”, une analyse dans laquelle il dresse le bilan de dix années passées par le président Mohamed Ould Abdel Aziz dont le second et dernier mandats autorisé expire après la présidentielle prévue en juin. Dans l’Interview qu’il accordé à Initiatives News, Dr. Ould Mohamed El Hacen, donne sa lecture de ce que le gouvernement sortant considère comme des réalisations en parlant des changements de symboles nationaux et de certains chantiers…

Initiatives News: Ould Abdel Aziz et ses partisans se targuent d’avoir doté la Mauritanie d’infrastructures telles que le nouvel aéroport, le nouveau palais des congrès, le Centre National de Cardiologie et de bien d’autres structures. A quel prix, à votre avis de tels ouvrages ont-ils pu être réalisés au vu de la situation des populations dont une bonne frange continue de dépendre des mesures d’urgences ?

Dr Mohamed Ould Mohamed El Hacen: J’espère que ce Centre de Cardiologie fera plus de bien que de mal. La localisation des centres hospitaliers spécialisés dans un lieu à forte densité humaine, pourrait comporter des risques, tant pour les patients que pour les populations voisines. Je n’ai aucune idée de ce qu’il a pu coûter.

«L’Aéroport International, est le cas typique du projet surdimensionné et opaque.»

Mais tout ce qui peut sauver des vies humaines ou améliorer la santé des mauritaniens ne sera jugé que du point de vue de son efficacité et de son efficience relatives. M. De Montaigne avait raison en de dire: «Ni les hommes, ni leur vie ne se mesurent à l’aune.»

S’agissant de l’Aéroport International, c’est le cas typique du projet surdimensionné et opaque. On le justifie par le fait qu’il peut répondre à une offre de 2 millions de voyageurs, par an; chiffres 5 fois supérieures aux flux actuels selon les statistiques officielles du trafic aérien qui n’ont aucune raison de minorer ce flux.

Peut-on espérer arriver, au rythme où va la Mauritanie, à une multiplication par cinq cents pour cents de ce nombre avant l’amortissement total des pistes et des installations aéroportuaires.

«Dans un rapport du FMI, les experts ont écrit, sans détour, qu’ils ne croient pas au prix du mètre carré, 600 anciens OUGUIYA»

N’aurait- il pas été plus raisonnable de tabler, par exemple, sur un doublement des capacités d’accueil et réserver les ressources inutilement immobilisées à d’autres secteurs et à d’autres projets dans d’autres secteurs (éducation, santé…)

Certes le cadre d’accueil du premier Aéroport était exigu. Mais n’y avait-il pas eu une extension respectable financée par l’AFD qui était suffisante pour de nombreuses années à venir ?

Initiatives News : A votre avis, ce projet a été mal ficelé, mal géré en amont et en aval ?

Dr Mohamed Ould Mohamed El Hacen: L’opacité financière et administrative a caractérisé le Projet. Ce marché dont on ignore le montant n’a pas d’équivalent dans l’histoire du pays et même de l’Afrique voire de l’humanité tout entière. Il relève des temps de la préhistoire et appartient normalement aux économies pré- monétaires.

En effet, il a été attribué dans le cadre d’un gré à gré qui a consisté en une opération de troc de grande envergure: échangé contre des terrains en zone résidentielle et le terrain du premier aéroport, en plein centre-ville. Aussi son coût d’opportunité et même l’estimation de son coût, tout court, sont-ils rendus, de ce fait, difficiles, voire impossibles à déterminer.

Dans un rapport du FMI, les experts ont écrit, sans détour, qu’ils ne croient pas au prix du mètre carré, 600 anciens OUGUIYA, (soit moins de 2 dollars, soit 300 mille anciens ouguiyas pour un lot de 500 mètres carrés!!) communiqué, par le Gouvernement mauritanien, à leur demande et, visant à en évaluer le coût et l’amortissement. Il est de notoriété que le prix du mètre carré dans les zones concernées est 20 fois supérieur à ce prix et peut aller jusqu’à 100 fois plus dans les endroits commercialement stratégiques.

Initiatives News : Pourquoi, selon vous, une telle exagération dans la minoration du coût de cet aéroport?

Dr Mohamed Ould Mohamed El Hacen: Je vous laisse le deviner. En dehors des questions de gouvernance, de coût ou de l’opportunité du projet, la brutale et subite mise sur le marché d’une offre quasi-illimitée de terrains ne pouvait qu’avoir des effets négatifs, perturbateurs et, dans certains cas catastrophiques, sur le marché du foncier, sur la liquidité monétaire, sur le marché hypothécaire, et d’une manière générale, sur le système bancaire.

Les conséquences négatives n’épargneront pas le promoteur attributaire du marché du fait qu’il n’y a pas et qu’il n’y aura pas dans cette décennie, face à cette offre, une demande solvable de terrains qui lui permettrait de rentrer dans ces fonds. Le retour d’investissement est, quant à lui, sujet à caution. Une fois de plus, les lois de l’économie et l’intérêt général n’ont pas, ici, été pris en compte ni respectés. D’une manière générale et pour nous résumer, les réalisations de cette période ne méritent pas d’être appelées Investissements (nous l’avons démontré plus haut) ni même des réalisations.

Initiatives News : Pourquoi, à votre avis, ne devrait-on pas parler de réalisations?

Dr Mohamed Ould Mohamed El Hacen: On ne peut pas les considérer comme des réalisations au sens économique du terme, car qui dit réalisation, dit: «faire passer du stade de la conception à celui de la chose existante». Cette définition exclut du champ économique et financier les chantiers de l’ère azizienne. Ils ne sont pas passés par le stade de conception économique dans lequel leur étude de faisabilité économique et financière et la détermination de leur impact et conséquences sur l’économie nationale auraient vite conclu qu’ils sont, à la fois, surdimensionnés, trop coûteux et non rentables. Tous les experts, y compris ceux des bailleurs de fonds de la Mauritanie, ont fait un tel constat.

S’il y avait eu une conception économique et financière de ces projets, on aurait normalement renoncé, dès le commencement à leur exécution.

Le palais des congrès, mitoyen et frère jumeau de l’aéroport aux voyageurs doublant le nombre de nos poètes, a fait l’objet d’un autre marché de gré à gré d’un montant de 14 milliards lors d’une saison de soudure et de grande sécheresse qui a vu périr une grande partie du cheptel; une importante ressource renouvelable qui aurait pu être sauvée si 10% de ce montant lui avait été affectée. Pour vous donner idée, la seule que nous ayons sur cette réalisation, on peut estimer qu’elle coûte 10 000 dromadaires et un million de caprins.

Les effets dévastateurs de ces «réalisations», comme on aime à les appeler, sont évidents sur les finances publiques, sur les comptes extérieurs de la Nation, sur le niveau de la dette de l’Etat et de son service et sur la valeur externe de la monnaie et son pouvoir d’achat interne. La boucle négative est bouclée. C’est, dans les économies, le tristement célèbre «cercle vicieux».

Bref, les effets destructeurs et déstructurant de la ‘’réalisation’’ de ces chantiers s’étendent sur l’ensemble de l’économie nationale et même au-delà: sur les pays voisins et sur nos partenaires économiques, commerciaux et financiers. Peut- être que ces chantiers sont bien conçus techniquement, peut-être sont-ils utiles, peut- être constituent-ils des merveilles technologiques, des chefs-d’œuvre architecturaux.., mais cela n’enlève rien à leur manque de pertinence et de rationalité économique et financière.

Initiatives News: Les effets destructeurs et déstructurant de ces chantiers s’étendent sur l’ensemble de l’économie nationale et même au-delà, dites-vous. N’est-ce pas assez sévère comme jugement?

Dr Mohamed Ould Mohamed El Hacen: Pour aller jusqu’au bout de ce raisonnement et afin d’expliciter ma pensée et mon jugement, nous pouvons imaginer un scénario dans lequel l’Etat mauritanien et son Chef liquident tout ce que nous possédons dans ce pays pour financer la construction de notre Aéroport Roissy CDG, de notre Tour Eiffel, de Notre Dame de Paris, de notre Pyramide du Louvre et même de nos pyramides d’Egypte et transformer, ce faisant, notre pays en un espace désertique peuplé de cimetières.

«Pouvez-vous croire que les mauritaniens seraient plus fiers d’une œuvre signée par un égyptien payé chèrement par ponction sur leurs revenus dans une année de sécheresse que d’une œuvre historique de leur grand artiste Sidatty ould Ould Abba, Abou Sedoum et notre diva Dimi, paix sur son âme?»

Certes les chinois et les sociétés gazières et minières trouveront le moyen de continuer à y vivre dans leur paradis maritime et terrestre et de sous-sol. Mais nous, mauritaniens, pourrions-nous espérer, pour notre peuple, une compensation ou pour ses fossoyeurs, le Pardon dans l’Au-delà!

Initiatives News: Ces dernières années le pays a connu des changements qui n’ont pas souvent reflété le désir de tous les mauritaniens. Modification du drapeau, nouvel hymne national, changement des noms de rues, changement de la monnaie, etc. Les priorités n’étaient-elles pas ailleurs pour un chef d’Etat en fin de mandat? 

Dr Mohamed Ould Mohamed El Hacen: Drapeau? Hymne? Rues? Vous dites que «la modification du drapeau, le changement d’hymne, de noms de rues n’ont pas, le plus souvent, reflété le désir de tous les mauritaniens»! Permettez-moi de vous retourner la question! Avez-vous rencontré un seul mauritanien, avant le référendum imposé par le Chef de l’Etat et qui a cloîtré le jour de son déroulement tous les mauritaniens dans leurs domiciles, qui propose ces changements ou réclame de telles modifications? Avez-vous lu, une seule fois dans votre vie de journaliste, un article de presse, un tract, un livre dans lesquels une personne, ou plus, revendiquer ces changements? Une manifestation? Une pétition?

Pouvez-vous croire que les mauritaniens seraient plus fiers d’une œuvre signée par un égyptien payé chèrement par ponction sur leurs revenus dans une année de sécheresse que d’une œuvre historique de leur grand artiste Sidatty ould Ould Abba, Abou Sedoum et notre diva Dimi, paix sur son âme?

Et qui égalerait à leurs yeux la Baraka et la valeur intrinsèque de Baba Ould Cheikh Sidiya, fût-il, aujourd’hui, la première fortune honteuse et mal acquise?

La couleur rouge, la plus répugnante des couleurs, dans notre culture, celle du sang, de l’enfer, de la guigne, du déficit, de l’endettement et des agios, du terrain aride (rag ahmar,) de l’insolence ( amengar lahmar), qu’est ce qui pourrait bien la légitimer dans les cœurs et dans le ciel mauritaniens, en dessus et en dessous, de celle du paradis, du bonheur et de la verdure? Cette couleur d’un drapeau sous lequel tant de vaillants officiers et soldats mauritaniens sont morts pour la Patrie, soutenus efficacement par les JAGUAR français qui ont sauvé de la destruction, par les armes soviétiques, la Snim, la ville de Nouadhibou et le chemin de fer, alors que ses invisibles détracteurs d’aujourd’hui ne savaient guère encore le destin que la vie allait leur réserver, ce drapeau-là ne mérite que respect et intangibilité, au même titre que nos frontières.

Initiatives News: Que voulez-vous dire par cette série de questionnements?  

Dr Mohamed Ould Mohamed El Hacen: Que notre mémoire ne doit pas être ambivalente, ni être tantôt trop courte et tantôt trop longue! Humilité, Pudeur et Reconnaissance sont les corollaires d’Honneur-Fraternité-Justice! Il s’agissait d’un problème personnel de ce Chef d’Etat et, moi, je n’aime pas parler des personnes et, encore moins, les psychanalyser. C’est une énigme.

Initiatives News: En parlant de mémoire, il y a cette dynamique de changement de nom des avenues et des rues…

Dr Mohamed Ould Mohamed El Hacen: Les rues, les pauvres! Quel crime ont-elles commis pour qu’on change leurs noms? C’est vrai, elles ne sont pas très propres. Mais la priorité aurait dû être de les nettoyer. Qui des habitants de Nouakchott connaissent le nom d’une rue, en dehors de celle dont on vient précisément de changer le nom ? Quel l’intérêt y aurait-il à supprimer l’unique repère du plan (avenue Gamal Abdel Nasser, ndlr) de notre capitale que ses habitants ou visiteurs ont en mémoire?

«Je reste persuadé que, comme le nom singulier donné à tort à l’aéroport de Nouakchott à comparer avec ceux de nos voisins qui portent les noms de Senghor, Hassan II, lequel sera remplacé par le père de la Nation Moktar Ould Daddah, ces symboles retrouveront aussi un jour leur couleur, leur musique et leurs noms historiques, légitimes et naturels.»

Tout cela n’est peut-être qu’une manière de mettre sa marque sur le drapeau, l’hymne, sur tout ce qui est audible ou visible dans le pays, exactement comme l’homme sans pitié pour les animaux, imprime par le feu, sa marque comme preuve tangible de propriété. Ce n’est peut-être pas dans son intention, mais nous, nous avons eu aussi mal que les animaux enchaînées et dont on brûle impitoyablement le corps.

Grâce au pouvoir qu’il détient entre ses mains, il a pu opérer ces changements et ces marques qui reflètent ses désirs personnels et qui sont incompréhensibles pour tout un peuple.

Une obsession de l’homme, qui sachant l’oubli où sont tombés d’autres qui l’ont précédés, voulait imposer, après lui, sa marque sur le pays comme on marque les chameaux, comme on immatricule les voitures ou comme on enregistre les titres fonciers!!

Abusant de sa posture de chef de l’Etat, il peut, en effet, tout faire passer et il a voulu laisser partout sa marque.

Ne croyant qu’au visible et à l’audible, il voulait, sans doute, compléter ses autres ‘’réalisations’’ physiques ou compenser les promesses non tenues comme l’éradication de la pauvreté et de la gabegie.

On comprend, alors, mieux l’adage mauritanien qui donne la prééminence du rôle du bon gestionnaire de l’existant par rapport à celui de l’apporteur d’affaires.(Eschbeh el gowwam min el jayyaab, en hassaniya, sic)

Toutefois, je reste persuadé que, comme le nom singulier donné à tort à l’aéroport de Nouakchott à comparer avec ceux de nos voisins qui portent les noms de Senghor, Hassan II, lequel sera remplacé par le père de la Nation Moktar Ould Daddah, ces symboles retrouveront aussi un jour leur couleur, leur musique et leurs noms historiques, légitimes et naturels.

J’ai répondu à votre question, par respect à votre personne et à votre profession, mais permettez-moi de vous poser, à mon tour, la question suivante : pourquoi, ne dites-vous pas que ces changements n’ont été ni désirés ni acceptés par notre peuple, mais qu’ils lui ont été, provisoirement, imposés??

Lire aussi:Chroniques des années Ould Abdel Aziz V: “Nous sommes déjà dans l’impasse, le dos au mur”

Initiatives News: Merci de l’avoir dit, Professeur. Quid de la monnaie?

Dr Mohamed Ould Mohamed El Hacen: Tout ce qui se rapporte à la monnaie est très sensible. Des interprétations de la part de celui qui n’est pas dans les secrets des institutions risquent d’être spéculations et peuvent porter des préjudices à l’économie du pays. C’est, en soi, une opération coûteuse et on ne doit pas en rajouter. En dehors de cela, elle peut être anodine pour l’économie, tout comme elle peut cacher des intentions que les temps proches révéleront après ces élections.

Entretien conduit par K-Tocka

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Chroniques des années Ould Abdel Aziz V: “Nous sommes déjà dans l’impasse, le dos au mur”

Le nouveau Président qui sera élu en Mauritanie est concerné par ce bilan économique des années Ould Abdel Aziz. Il en sera, en effet, l’héritier direct et naturel. Ce dont nous venons de parler porte sur un bilan de clôture, une synthèse des résultats de la gestion du Président sortant. Ce bilan sera, pour le Président élu un bilan d’ouverture, celui de sa ligne de départ, sans une ouguiya de plus, ni de moins, tant à l’actif qu’au passif.

Le Président de cette ère décennale et ‘’son parti politique’’ semblent recommander, avec insistance, à leur candidat de prédilection de continuer sur la voie suivie par eux, de suivre (en arabe) leur « nahj ».

“continuer le nahj économique du Président MOAAZ et de son Gouvernement ne pourrait que conduire à l’ensevelissement pur et simple de l’économie mauritanienne.”

Je ne me prononcerai pas sur ce qui pourrait s’apparenter à une idéologie de parti ou à ce qui aurait trait au caractère des individus ou à leurs relations interpersonnelles, ni à la personnalité des uns et des autres. Car chacun est libre d’adopter l’idéologie de sa préférence, de prendre les positions politiques et électoralistes de son choix.

Notre propos, ici, est économique, il se rapporte à la politique économique. A l’opposé de la ‘’Politique’’ qui est faite de mots et de discours intarissables et presque sans coûts, d’élasticité et de souplesse d’adaptation, l’Economie a ses lois objectives, rigides, contraignantes….

La rareté qui caractérise l’Economie et la nécessité de tendre vers des équilibres, difficiles à atteindre sans la maîtrise de ses techniques, de ses sciences et le respect des lois qui la régissent, en sont des les traits dominants et qui la distinguent de sa sœur jumelle, la Politique.

Au regard du bilan que nous venons d’analyser, continuer le nahj économique du Président MOAAZ et de son Gouvernement ne pourrait que conduire à l’ensevelissement pur et simple de l’économie mauritanienne.

Nous sommes déjà dans l’impasse, le dos au mur. Vouloir continuer le nahj azizois, suivre ses traces, même par celui qui sait bien les identifier et les aimer, c’est courir vers la catastrophe économique et financière et, par ricochet, politique et existentielle. Sans exagération aucune, et pour bien comprendre la situation économique actuelle, nous dirons que la gestion de l’économie, pendant les dernières années, mais celle-ci, aujourd’hui, au bord du précipice.

Continuer dans la même voie équivaut à faire le pas fatidique, à tomber dans le gouffre et, au mieux, à faire saut dans l’inconnu. Nous avons déjà mis le doigt sur les clignotants (tous au rouge) et démontré que toutes les lignes rouges ont, elles aussi, été franchies. On ne peut plus, en conséquence, et je le répète, avancer sur cette voie!

Au cours du dernier mandat, le Président actuel, avec l’appui effervescent de son Ministère de l’Economie et des Finances au carré, a fait drainer efficacement, vers lui, les liquidités internes et externes de toutes les sources possibles et imaginables, de manière intense et à grande vitesse, en sur – endettant le pays jusqu’au nez, afin d’acheter, à l’étranger, des équipements lourds et coûteux dans le but de « réaliser, pour la première fois, des chantiers grandioses et jamais envisagés avant lui depuis l’Indépendance», telle est la quintessence de sa politique économique, tel était, son alibi, son « nahj ».

“Aucun bailleur de fonds ne voudra plus prêter des capitaux à ce Pays « sous développé, pauvre et appauvri », à «gouvernance économique préoccupante» et dont l’endettement équivaut à 100% de son PIB.”

Quant aux intentions et projets d’investissement du Président qui sera élu, s’il envisage de suivre le même « nahj», ils s’écraseront vite sur la montage de dettes externes sans que le niveau déjà très élevé de la de pression fiscale, jamais atteint auparavant et le niveau très bas de réserves ou provisions, ne puissent permettre un quelconque financement.

L’endettement auprès de la Banque centrale qu’on aurait découvert récemment ne peut que réduire davantage la marge de manœuvres du futur Président, le recours à la planche à billets.

En réalité, tous les plafonds ont été crevés par ses prédécesseurs qui ont réduit à néant toutes les possibilités d’action de leur de leurs successeurs : Capacité d’endettement du pays, nulle ! Capacité de remboursement très limitée !

Aucun bailleur de fonds ne voudra plus prêter des capitaux à ce Pays « sous développé, pauvre et appauvri », à «gouvernance économique préoccupante» et dont l’endettement équivaut à 100% de son PIB.

On sait que le taux d’endettement du Continent africain qui est jugé très élevé par les agences internationales, ne représente, en moyenne, que 60% de son PIB.

Que va-t-il nous arriver si un prêteur qui, pour des raisons irrationnelles ou inavouables, s’aventure à nous accorder de nouveaux prêts, malgré notre niveau de surendettement, pour financer des chantiers nouveaux ou finir des «réalisations» inachevées, dans le cadre de la continuation de la politique économique suivie jusqu’ici, c’est-à-dire en suivant le fameux nahj, décrit plus-haut ?

On n’a pas besoin d’être prophète pour le savoir!

Voici ce qui nous adviendrait si nous obtenions des financements additionnels!

1- Le taux d’endettement va commencer à dépasser les 100% du PIB, nous risquons alors d’être le pays africain le plus endetté et de nous retrouver parmi les 10 ou les 5 premiers pays les plus endettés au monde.

2- Il s’ensuivra un service annuel de la dette qui va engloutir une part insupportable du Budget de l’Etat.

3- Cela va creuser davantage le déficit budgétaire.

4- Ou nous serons dans l’obligation d’évincer et interdire des dépenses de fonctionnement ou d’investissement essentielles.

5- l’Etat paiera annuellement plus d’argent à ses créanciers étrangers qu’à ses propres fonctionnaires.

6- L’Achat, à l’Etranger, des équipements et matériels lourds, nécessaires à la réalisation des ‘’chantiers’’, va creuser davantage le déficit de la Balance commerciale et de la Balance des paiements qui connaissent un énorme déséquilibre structurel, « des trous » aux profondeurs inégalées,

7- Ce qui, en plus de son effet négatif sur la croissance économique,

8- va agir négativement sur le cours externe de la monnaie dans un pays qui importe tout ce qu’il consomme et ne couvre qu’une infirme partie de ses besoins alimentaires,

9- La baisse de la monnaie va renchérir le prix des produits importés, y compris les produits alimentaires et de grande consommation,

10- ce qui va impacter le pouvoir d’achat et le niveau de vie des populations déjà paupérisées.

11- Le taux de l’inflation ne peut qu’augmenter dans ce contexte.

Tous ces facteurs réunis, et d’autres que nous n’avons pas cités, pour ne pas trop vous ennuyer, vont provoquer une décote de la Mauritanie, affecter son image et donc rendre encore plus difficile et plus coûteux son accès au financement des projets d’investissements du type «réalisations du fameux « nahj».

“N’importe quel nouveau Président cherchera immanquablement, qu’il le veuille ou non, à sortir du cercle vicieux hérité du bilan de son prédécesseur, pour concevoir une autre politique, pour déminer le terrain économique et négocier de nouveaux accords bilatéraux et multilatéraux avec ses partenaires économiques et financiers.”

Vous voyez que c’est le serpent qui se mord la queue, que nous revenons à note point de départ parce que nous tournerons, si on suit cette voie, dans un cercle vicieux.

Continuer à tourner dans ce cercle vicieux ne fera qu’aggraver le déclin et les crises.

Il faut sortir de ce cercle vicieux, en abandonnant le nahj et envisager un chemin totalement opposé dans l’espoir de s’engager dans un autre cercle, le cercle vertueux. Mes étudiants pourront vous confirmer que je n’invente pas ces notions de cercles, les études empiriques et les sciences économiques, les enseignent.

N’importe quel nouveau Président cherchera immanquablement, qu’il le veuille ou non, à sortir du cercle vicieux hérité du bilan de son prédécesseur, pour concevoir une autre politique, pour déminer le terrain économique et négocier de nouveaux accords bilatéraux et multilatéraux avec ses partenaires économiques et financiers.

Le Président qui sera élu aura besoin, pour ce faire, d’une période de grâce durant laquelle ses partenaires sociaux et ses adversaires politiques lui laisseront ce temps de répit, pour concevoir dans la sérénité, et en connaissance de cause, une nouvelle politique économique.

“Dire à un Président, fraîchement élu, de suivre une voie, un chemin sans issue, sans provisions, sans crédit, sans crédibilité, bref non bancable, équivaut à lui proposer de sauter dans le gouffre, après lui avoir passé service au bord du précipice!!”

Les candidats à l’élection présidentielle devraient insérer dans leur programme électoral un engagement sur leur honneur de respecter cette période de grâce de 6 mois à un an, dans l’intérêt de leur pays fragilisé et à bout de souffle, économiquement et financièrement. On dit que le politique suit l’économique. En tout cas, dans le cas présent, cela est indispensable.

Le moratoire économique et une période d’accalmie politique ne peuvent qu’aller de pair pour que le pays puisse se mobiliser afin de relever les défis financiers , au moins, et obtenir un minimum de ressources pour réaliser un minimum de choses et de promesses électorales et pour mettre de l’ordre dans la maison Mauritanie. La paix, la stabilité et même la survie de notre pays, dans l’alternance, sont à ce prix !

Dire à un candidat de battre campagne et brandissant le bilan économique dont nous venons de mesurer le passif et les effets destructeurs passés, présents et futurs, n’est pas le servir électoralement, aujourd’hui, ni politiquement, demain !

Sa Majesté le Roi HASSANII (qu’ALLAH accueille son âme Chérifienne dans son VIRDEWSS), n’avait-il pas, par exemple, dans son testament, recommandé à son Héritier Sa Majesté le Roi Mohamed VI (Q’ALLAH lui prête longue vie, avec une bonne santé) de changer, après lui, de Politique?

Dire à un Président, fraîchement élu, de suivre une voie, un chemin sans issue, sans provisions, sans crédit, sans crédibilité, bref non bancable, équivaut à lui proposer de sauter dans le gouffre, après lui avoir passé service au bord du précipice!!

La substance économique, les potentialités financières, mobilisables à court terme, et les liquidités ont été totalement siphonnées au terme de cette « ère aziziennes ».

Tous les soldes des grands comptes sont négatifs. La gestion a laissé des trous profonds. Le futur Président, en dirigeant son pays, aura à se mouvoir, entouré de fosses, de trous profonds.

Il aura besoin de tout son sens de l’orientation, de toute sa prudence et de toute la lumière de la transparence.

Nous constatons, ici, à titre anecdotique et toutes proportions gardées, par ailleurs, qu’il y a des ressemblances, des parentés entre la situation du Président qui sera élu, lui et ses électeurs qui attendront la réalisation de ses promesses, avec les créanciers de la machine à endettement de Mr C. R. de Teyssir qui attendent les paiements de leurs créances : deux machines, de puissances, peut -être, inégales, mais qui fabriquent le même produit, le surendettement !

‘’l’endettement et les déficits de la SNIM et de la Mauritanie sont des trous invisibles qui menacent la première entreprise nationale dans son existence, déséquilibrent et ébranlent la stabilité du pays et donnent des vertiges aux économistes et aux analystes financiers nationaux et internationaux…”

Le but unique de cette analyse but vise à sensibiliser le peuple mauritanien, ses élites, les Candidats à la prochaine Election présidentielle, le Gouvernement qui va nous quitter sur l’ampleur de ce que je viens de découvrir en préparant cette interview, à la veille d’une campagne électorale et d’un éventuel transfert de pouvoirs.

Le peuple et, même certaines élites non spécialistes, n’étant ni économistes ni financiers, ne voient que le «Visible», le physique, et jamais « l’Invisible » : les comptes économiques et financiers de a Nation!

Notre devoir est de les éclairer, comme nous le pouvons.

Dans les domaines de l’Economie et des Finances, on ne doit pas séparer le visible de l’invisible.

L’immeuble SNIM à N étages, au centre de la ville de Nouakchott, l’Aéroport aux deux millions de passagers et son mitoyen Palais international des congrès flambants neufs et sans pareils, les routes goudronnées aux chaussées bitumées et éclairées de jour comme de nuit, sont très visibles et nous impressionnent : de grandes réalisations de MOOAZ.

Par contre, l’endettement et les déficits de la SNIM et de la Mauritanie sont des trous invisibles qui menacent la première entreprise nationale dans son existence, déséquilibrent et ébranlent la stabilité du pays et donnent des vertiges aux économistes et aux analystes financiers nationaux et internationaux, ce dont le peuple et les Chefs qui ont bâti ces chantiers ne se rendent pas compte, tout comme ils semblent ignorer la profondeur des trous financiers invisibles qu’ils ont creusé, ce faisant, et qui risquent de tout engloutir.

La relation entre ces Visibles et ces Invisibles va rappeler à mes compatriotes ce que je ne traduirai pas aux «autres», par pudeur, pour ne pas blesser celui qui n’a jamais hésité à blesser notre amour propre, et par fierté personnelle : «l’histoire de Moundrich et de Elmarhouma, Mint Stayli » !

D’aucuns pourraient rétorquer qu’il y a du gaz ‘’en l’air’’, découvert récemment dans les eaux sénégalo- mauritaniennes qui permettra de combler les déficits, les trous, et même, de faire décoller l’économie mauritanienne.

A ceux là, je ne saurais répondre que par des vœux et des prières: Amine INCHALLAh, pour 2022 !

Quant à la comptabilité et à l’Economie, en vertu d’un principe de prudence, précédée en cela par le Loup dans notre fable « GABOUNE/CHARTAT », ils n’acceptent d’enregistrer dans leurs comptes que des recettes effectives, après leur encaissement.

En attendant, serrons les ceintures, notre situation économique et financière future sera beaucoup plus difficile que la présente, à cause des conséquences qui ne finissent pas de finir du nahj suivi au cours de la dernière décennie. Ayons pitié, compréhension, compassion pour le futur Président qui doit, à son tour, nous rendre la pareille.

Notre adage, confirmé par les sciences financières, dit : «L’argent ne se mange pas par deux fois». J’ajouterai que, quand il ne fait pas partie de nos fonds propres, il faudra un jour ou l’autre, le rembourser, ce qui viendra en soustraction de nos revenus et amputera notre pouvoir d’achat.

Soyons patients et travailleurs, et tirons les leçons de ce que nous venons de vivre et d’endurer.

Enfin, permettez-moi de dire, qu’en établissant ce diagnostic, basé sur les chiffres dans les rapports des bailleurs de fonds internationaux, je ne cherche pas la faute, mais le remède.

Je vous livrerais prochainement des réflexions inspirées par ce diagnostic, en me mettant dans un état constructif.

«Ce n’est pas ce qui nous arrive qui distingue nos réussites ou nos échecs. C’est la façon dont nous le percevons et dont nous réagissons qui change tout».

Fin

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Il ne sera pas candidat à la prochaine élection présidentielle, mais il reste et restera l’Homme politique Ahmed Ould Daddah.

Il n’est pas candidat, mais il restera l’homme politique, Ahmed Ould Daddah

Il ne sera pas candidat à la prochaine élection présidentielle, mais il reste et restera l’Homme politique Ahmed Ould Daddah.

Et c’est déjà beaucoup!

Beaucoup d’intégrité, beaucoup de constance, beaucoup de patriotisme, beaucoup de loyauté dans les engagements, beaucoup de fidélité au Créateur et aux principes   et beaucoup de courtoisie!

Beaucoup de cultures et de lectures coraniques. Beaucoup de manifestations et de meetings dans les rues qui n’ont pas empêché beaucoup de prières dans les mosquées.

Beaucoup de bonne humanité! Ahmed Daddah est une bonne monnaie; il arrive que «la bonne monnaie soit chassée par moins bonne»! Phénomène bien connu des économistes!

Vérifiez le cours de la monnaie qu’il a inventée à partir de peu, quand il était au pouvoir, et comparez-le avec le cours de ces jours de vaches maigres, malgré la découverte et l’exploitation, bien après lui, de l’or dans notre pays. Je n’ai pas besoin d’expliquer la relation entre la monnaie et l’or. Tout le monde la connaît mieux que moi.

Je n’ai pas les chiffres sous les yeux mais la dépréciation de notre la monnaie doit varier, depuis qu’il l’a ‘’quittée’’, entre 10 fois et 20 fois!!??

L’Ouguiya de son temps valait entre 10 fois et 20 fois l’ouguiya d’aujourd’hui!

On dit aussi que la monnaie est l’ombre du roi!

Il arrive aussi, contrairement au bon sens et à nos valeurs civilisationnelles,    qu’on écarte l’expérience et la sagesse pour «limite d’âge», alors qu’aucune limite n’est prévue à l’ignorance et aux limites cognitives et intellectuelles!

Bref!

Il a été candidat il y a 26 ans. Un ras de marée aurait dû, normalement, le porter au pouvoir !

Je le représentai à Tevragh  Zeina,  ou j’ai dirigé sa  campagne. Dans le bureau de l’honorable préfet de l’époque, le Ministre Yahya Ould Sid El Moustaphe, nous reçûmes entre 20 heures et minuit, les résultats de 20 bureaux de vote qui étaient tous favorables à notre candidat: Ahmed Ould Daddah.

L’échantillon était révélateur!

Le représentant de notre protagoniste communiquait à son État-major, (c’est le cas de le dire) au fur et à mesure les résultats de notre dépouillement, quand, subitement, on ‘’lui’’ enjoignit de nous quitter pour se rendre quelque part!!!

Sa chaise restera vide pendant une heure, l’heure du virage fatidique. Une heure historique qui vit l’abandon des apparences démocratique au profit des résultats décrétés de Ain Bintilli à Koubinni!

Les pluies de scores favorables au Président sortant se mirent alors à inonder les ondes de Radio Mauritanie et à nous assourdir les oreilles, et la rumeur circula autour de nous, faisant écho de l’encerclement de Nouakchott par les chars de notre armée nationale.

Tout s’est passé normalement dans cette préfecture, et Ahmed Ould Daddah obtint, à la fin des dépouillements, vers 06 heures du matin, une large majorité dans 25 bureaux sur 27.

Mais, une décision de dernière minute tomba, interdisant aux représentants d’Ahmed Ould Daddah d’accompagner, au Ministère de l’intérieur, les PV, leurs résultats??!!!

La suite est connue. Tout le monde savait que dans tout le pays, la victoire du candidat Ahmed Ould Daddah, fut transformée, par la force des armes et par les abus de pouvoirs du Ministère de l’intérieur, en une perte, en un échec pour la Mauritanie et pour sa démocratie, en un manque à gagner pour le développement harmonieux de notre pays.

Oui, perte et manque à gagner: peut les confirmer tout celui  qui, comme moi, connaît une infime partie du parcours de l’homme Ahmed Ould Daddah!

Je ne ferai pas son bilan,  qu’Allah lui prête longue vie avec une bonne santé.

Je dis perte pour avoir connu l’homme et le gestionnaire, à la naissante, à partir de quasi-rien, la Banque centrale de Mauritanie.

Qui pourrait me contredire, si je dis que le numéro 1 de cette institution était toujours le dernier à quitter son bureau et le premier à émarger la feuille de présence?

N’importe quel agent de la Banque pouvait interpréter et comprendre toutes les décisions que le Gouverneur prenait, car il y avait à chaque fois, en plus de la transparence, la rationalité et l’intérêt général à leurs bases.

Statutairement, la BCM prend en charge, à hauteur de 100% , l’hôtel  de son Gouverneur et de son Gouverneur adjoint. Malgré ce droit, la seule dépense, présentée aux services administratifs de la BCM par le foyer Daddah, n’a été autre choses, qu’une facture Omo et Ajax. C’est mon constat, fait lors de mes contrôles, pendant des années, alors que j’exerçais la fonction d’inspecteur.

L’homme était propre dans tous les sens du terme!!

La première formation permanente, organisée dans le pays, fut le Centre de formation interbancaire qu’il créa en 1976, et dont les résultats permettaient de fonder sur le perfectionnement et le savoir faire les promotions internes.

De nos jours, on fait l’éloge par la négation : «il ne fait pas ceci… il ne fait pas cela d’immoral ou de répréhensible..»

Parlant de Monsieur Ahmed Ould Daddah, je n’ai pas besoin de recourir à de telles formules, indignes de l’homme et des hommes qui l’entouraient. Il n’ont nullement pas besoin de «ne pas…, ne point…, ni…; ne détourne pas, n’est ni corrompu ni despote…»

Ils étaient tout simplement compétents et dévoués à leur patrie, et Ahmed reconnaissait à ses collaborateurs ces qualités, et aimait à répéter reconnaissance et éloges à leur endroit.

Malheureusement, pour nous, ou heureusement, nous ne saurons jamais calculer le manque à gagner pour notre pays (le manque à gagner est toujours difficile ou impossible à calculer) qui aura résulté de la privation de Ahmed Ould Daddah, de l’un de ses meilleurs gestionnaires et de tous ses bons et compétents fils, d’exercer  leurs talents de bons gestionnaires, en bon pères de familles, pour servir, à nouveau et avec abnégation,  le développement de la Mauritanie.

Ahmed n’a pas besoin d’être candidat;  il a été déjà victorieux dans la course pour la Présidence , en 1992!

Beaucoup de vols et de détournements se sont produits depuis 1978, mais c’en est l’un des plus gros et des plus graves. L’histoire et Allah jugeront.

Sachons exprimer notre reconnaissance à nos Grands hommes, notre Patrie en grandira.

C’est ce que j’ai essayé humblement de faire. Mais, j’ai le sentiment de ne pas avoir dit assez… D’autres honnêtes témoins me compléteront certainement, en priant à mes côtés pour que cesse, maintenant, ce cycle ininterrompu d’usurpations répétées; car cela nous évitera, un chaos tragique et irrémédiablement destructeur.

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Une scène politique troublante

Une scène politique troublante

Pr Mohamed Ould Mohamed El Hacen

La scène politique devient d’autant plus mouvante qu’elle risque d’en rajouter à la confusion existant déjà dans le pays, de dérouter les observateurs étrangers, de présenter des signes prémonitoires de déception et de traumatismes pour nous-mêmes. C’est pourquoi, il nous semble de notre devoir d’essayer de contribuer, par les éléments explicatifs qui suivent, à lever le voile sur bien des attitudes de nos concitoyens et concitoyennes qui montrent une certaine perplexité dans le contexte actuel de notre pays.

Pour les populations d’origine nomades, le mot changement est synonyme de Rahil qui permet de changer d’environnement, de paysage, de ressources. Le rahil éternel, offre à chaque fois une nouvelle patrie, même si elle est provisoire, qu’il ajoute à son palmarès de souvenirs entretenus par la poésie et les chants nostalgiques. Nous sommes donc en avance sur le monde arabe qui n’a découvert les vertus du rahil qu’en 2011, le printemps arabe n’étant qu’une version de notre saison d’hivernage offrant l’opportunité de profiter des pâturages, du lait et de la fraîcheur des nuits pluvieuses.

Par ailleurs, le bas niveau de culture politique et démocratique dont souffrent aussi bien les populations que leur élite les enferme dans une logique fondée sur des jugements subjectifs au lieu d’un raisonnement rationnel et objectif comparant les programmes et les idées. Le Président de la République est confondu avec le Chef de la tribu ou l’émir qu’on n’a pas le pouvoir d’élire ou de démettre, sauf par la voie de la violence, en particulier l’assassinat. Les coups d’Etat ne sont donc que la version moderne du recours à la force héritée de la culture tribale et Emirale
La puissance de feu dont le chef de tribu et l’émir disposent consiste au monopole de l’usage du puits étant donné que l’eau est la principale source de vie. Celui qui «tient» le puits, tient les gens à la gorge et exerce le pouvoir de vie et de mort sur eux. Dans l’entendement du Président, hélas peu scrupuleux, et dans la mémoire collective naturellement désabusée, le puits d’antan se confond avec le budget de l’Etat, les recrutements et autres privilèges publics.

Le plus grand malheur qu’un peuple puisse subir, selon les sociologues et les psychologues est de se voir imposé un système en contradiction avec ses valeurs. C’est donc une torture collective que nous vivons depuis1978, particulièrement depuis 2009. Nous vivons depuis 10 années «du jamais vu» sur les plans politique, culturel et social au point d’être privés des ressources communes de notre pays. Le gérant du puits s’est transformé en gardien se servant de l’eau pour satisfaire ses besoins et ses caprices personnels.

L’enthousiasme, l’agitation et la ruée vers le candidat Ghazouani qui promet, par soin discours inaugural, une alternance ou Rahil, justifiant les émotions des hommes et des partis politiques, expliquent bien l’espoir d’une réconciliation entre l’Etat, à travers une juste gouvernance, et les nobles valeurs de notre pays et avec la devise de notre État moderne.

On n’a pas encore besoin d’une position tranchée, car on peut demeurer dans une position d’attente et d’observation en attendant que le paysage devienne plus lisible. Il vaudrait mieux en effet, se poser des questions qui semblent pertinentes

1° Le candidat Ghazouani sera-t-il un homme politique convaincu de la nécessité d’engager un processus démocratique véritable et déterminé à s’initier à sa pratique ou se comportera-t-il en stratège militaire émerveillant un moment une scène lassée et déprimée par un discours des valeurs et des idées qui contrastent avec deux mandats aux résultats catastrophiques ? A-t-il un programme avoué pour nous séduire et un autre inavoué, essentiel et plus engageant ?

2° Quelle garantie aurons-nous pour ne pas faire les frais de cette attitude qui est le propre des hommes intelligents, comme nous avons fait avec le HCE dont l’un des membres avait lancé publiquement en pleine campagne présidentielle de 2007, « c’est Sidi qui sera élu, mais il ne restera au pouvoir que  2 ans? » Serons-nous, trompés deux fois de la même manière, alors que nous prétendons d’être plus intelligents que l’idiot qui a été mordu deux fois par un serpent en faisant entrer sa main dans le même trou?

L’on est en droit de penser que, même si nous sommes aussi imprudents, nous devons faire confiance à l’éducation et la culture de l’homme qui se propose pour diriger notre pays à travers les vagues, tant il se réclame lui-même d’un tissu génétique et d’un milieu social lui interdisant  de nous décevoir. Mais l’histoire nous en dira et, en tout état de cause, ne pourra jamais produire un système pire que celui qui malmène notre pays depuis plus de dix ans. A celui que nous pressentons pour nous guider de le bien faire ou d’oublier que les mauvaises d’alliances, la pratique du chèque en blanc ne peuvent qu’engendrer des déceptions et des révoltes plus violentes.

Une autre raison commande la prudence dans l’usage des chèques à blanc puisque les provisions du pays sont insuffisantes ou inexistantes : déficit budgétaire, déficit de la balance de paiement, endettement excessif, érosion monétaire et faible croissance. Le puits est asséché et demande du temps pour abreuver un pays assoiffé depuis plus de dix ans.

Le Président élu aura à faire face aux difficultés de gérer intelligemment un embouteillage et des bousculades autour d’un puits aux eaux empoisonnées par l’habitude des exclusions et du népotisme. C’est seulement en gérant bien ce risque majeur que les Mauritaniens et leur futur Président pourront savourer l’euphorie de l’alternance.